Introduction d’un non-spécialiste à l’oeuvre du compositeur finlandais Jean Sibelius (1865-1957), dont je deviens boulimique en ce moment.
Les Symphonies
Petit aperçu dans mon ordre de préférence, s’il en est un. Je ne développerai en tout cas que sur celles que je connais à peu près.
Sixième symphonie
La « pastorale » de Sibelius n’est pas sans évoquer une « eau pure » comme le disait lui-même le compositeur. Jusqu’au dernier mouvement qui délivre dans sa deuxième partie toute la fougue et la générosité dont le compositeur était capable.
Version : Karajan / Berliner Philharmoniker pour le 4e Mouvement qui fonctionne à merveille avec l’intensité du chef d’orchestre teuton, ou Rozhdestvensky, qui a peut-être dirigé la meilleure intégrale, en mariant intensité et clarté (couplée avec une très belle version du magnifique concerto pour violon, avec Oistrakh à l’instrument : à posséder absolument, on la trouve encore à un prix raisonnable sur HMV Japon).
Septième (et ultime) symphonie, en un seul mouvement
Ou ce après quoi il ne peut plus rien y avoir d’autre (Sibelius écrira une 8e, qu’il détruira, ne pouvant aller « plus loin »), une sensation qu’on retrouve avec le poème symphonique « Tapiola ».
Version : le Bernstein tardif à la tête du Wiener Philharmoniker chez Deutsche Grammophon (attention, il y en a une autre du Bernstein plus jeune et impétueux aux commandes du Philharmonique de New York), qui ralentit les tempos, décompose et recompose la pâte (dans les commentaires d’Amazon, un internaute parle de « ductilité », c’est bien vu) pour accoucher d’une vision inédite des symphonies, majestueuse, contemplative, méditative. Les bonnes versions de la 7e ne manquent pas, celle-ci en fait assurément partie.
Voici donc un extrait de la 7e par Karajan (même édition que précédemment), mais je me dis qu’il passe un peu à côté, ça manque de souffle. A contrario, avec Bernstein, c’est d’une ampleur, on a l’impression d’avoir une étendue avec des choses de la nature en train de se former devant soi. Il n’y a qu’à voir dans la 1e, qu’on aborde maintenant.
Grâce à Bernstein, toujours dans la même édition, on retrouve le côté « pur » de la 6e et l’immensité de la 7e. On a l’impression de voir le monde se former, les montagnes s’élever.
Léonard Bernstein qui dirige, c’est quand-même la putain de classe.
Autres symphonies…
Je connais moins bien les quatre autres symphonies de Sibelius, ce sera donc bref.
La 4e : assez monolithique, si bien qu’on a du mal à en distinguer les différents mouvements (mais c’est un compliment). Son dépouillement préfigure celui de la 6e, « c’est rempli de vide » si on veut, mais un vide passionnant, qui donne la sensation d’être au milieu de nulle part. Ceci dit, c’est assez exigeant, donc je ne l’écoute pas souvent.
La 2e, surtout pour son fabuleux 2e mouvement, dans une veine romantique.
La 5e, je l’ai trop peu écoutée.
La 3e, considérée (à raison) comme la moins intéressante, malgré un sympathique 2e mouvement.
On l’aura compris, les versions à découvrir en priorité sont Rozhdestvesky / The USSR TV and Radio Large Symphony Orchestra, et Bernstein / Wiener Philharmoniker. En revanche, je ne suis pas fan des versions type Vänska / Lahti Orchestra, que je trouve trop molles, trop retenues (mais pour le coup, ça convient bien à la 4e). Elles figurent sur le 1er coffret que je me suis procuré, « Essential Sibelius ». Il s’agit par ailleurs d’un excellent coffret pour découvrir le reste, notamment les très bonnes versions de Kullervo et de La Nymphe des Bois. Les versions d’Ashkenazy me paraissent passables également, en tout cas chez Exton, la 1e et la 3e ne m’ont pas vraiment convaincues.
Les poèmes symphoniques
Kullervo, venons-y justement : il s’agit pour ainsi dire de la « Symphonie No. 0″ de Sibelius, inspirée du folklore, comme beaucoup d’autres de ses œuvres, mais jamais les symphonies. La version à se procurer est récente, celle de Segerstam qui s’achemine en ce moment vers ma boîte aux lettres. Mais comme annoncé précédemment, la version Vänskä sur le coffret Essential est très bien.
Suite à une Introduction dans une perspective romantique (début du premier mouvement), l’oeuvre qui mobilise l’orchestre, des solistes, et un choeur masculin, se révèle par la suite totalement barbare (3e mouvement, surtout la fin qui est d’une violence ! ; 5e mouvement).
Allez, je mets un extrait (« Introduction »), même si je ne peux pas vraiment recommander la baguette de Salonen pour apprécier Sibelius :
Mon Dieu que tout cela est mollasson. Ca se traîne. Bref, c’est juste pour donner une idée, je regrette presque déjà de l’avoir mis.
Tapiola, composé pour la divinité de la forêt Tapio : comme la 7e, c’est une oeuvre tardive et organique, comme dans la 7e, la nature se joue sous nos yeux, s’élève et s’écroule dans un reflux fracassant, et plus encore que dans la 7e, il y a des aspects complètement désolés, volcaniques, Tapiola se révélant plus menaçant, plus noir, plus effrayant. Un crescendo vers la fin donne carrément des sueurs froides. Sibelius ne composera alors presque plus rien, notamment à cause de l’avènement du dodécaphonisme et de la musique sérielle dans les années 1930, le compositeur finlandais demeurant incompris par la critique de son époque. Une trentaine d’années au cours de laquelle il taquina par ailleurs la bouteille.
Attention, à partir de 6’30 ça devient vraiment flippant.
La Nymphe des Bois qui, après une ouverture noble, devient haletante dans sa première partie (les cordes semblent mimer une respiration).
Un extrait traine au milieu de cette compilation en 10min des poèmes symphoniques de Sibelius :
La suite Lemminkainen, par Ormandy, surtout pour son magnifique « Cygne de Tuonela » qui évoque le chemin vers la mort, et « Le Retour de Lemminkainen » dans lequel on retrouve le côté fougueux de Sibelius.
C’est tout de même loin de valoir Ormandy, quand-même plus intense !
Concerto pour Violon, op. 47
Impossible de conclure ce petit aperçu sans mentionner le sublime Concerto pour violon, op. 47 de Jean Sibelius, sans doute son oeuvre la plus connue. La version Oistrakh / Rozhdestvensky est très réussie, mais les bonnes versions ne manquent pas. La première minute fait penser à une étendue blanche, calme, arborée, sous un ciel nocturne, mystérieux et bienveillant.

[...] déjà eu l’occasion de formuler quelques recommandations discographiques dans cet article écrit il y a deux ans, voici maintenant une petite révision pour une tentative forcément [...]