Bob Dylan – Together Through Life

2 juin 2009
By Erick

J’arrive un mois après la bataille puisque des Inrocks à Rolling Stone en passant par Le Monde et les blogs, tout le monde y est allé de sa petite critique à propos du dernier Dylan : Together Through Life, paru fin avril. Alors 1. je n’ai rien de très original à ajouter, ne comptant pas parmi les plus dylanophiles, qui décortiquent tous les morceaux et s’arrachent les cheveux (pour ceux qui en ont encore) sur leurs interprétations ; et 2. dans les grandes lignes, ce qu’on peut lire sur ce 33e album se retrouve à peu près d’un article à l’autre. Des articles qui, paradoxalement, stipulent pour certains d’entre eux que cet album divise l’auditoire comme les autres Dylan récents.

En fait, les critiques de Together Through Life sont unanimes à défaut d’être dithyrambiques : aussi blues que folk, de très bonne facture comme l’était Modern Times dont ce successeur se place dans la continuité, sans être une révolution, que l’on n’attendait pas d’ailleurs. Au niveau des couleurs, on relèvera un timbre encore plus rauque, fatigué et se foutant pas mal qu’on le suive ou pas, la prépondérance de l’accordéon, quelques touches de mandoline, et aucun artifice au niveau de l’enregistrement. Ce qui en fait quelque chose d’assez intimiste, où l’on ressasse les anecdotes entre potes (le co-auteur des paroles est Robert Hunter, parolier de Grateful Dead) et où l’on propose ses théories et ses interrogations sur la vie, avec simplicité et avec le poids des âges dans la voix qui a suffisamment vécu pour encore avoir envie de prouver quoi que ce soit.

La palette est au service d’une tonalité d’ensemble nostalgique, le vieux roublard avouant dans quelques titres ses regrets et ses manques, sa résignation sincère à ne pas toujours comprendre la vie les femmes et le reste. Exemples : « Beyond Here Lies Nothing » : au bout du tunnel, aucune « Heaven’s Door », « Life Is Hard » (ballade composée pour le prochain film d’Olivier Dahan – My Own Love Song – qui a inspiré Dylan pour l’album entier), ou encore « My Wife’s Home Town ». Cette nostalgie est teintée de romantisme puisque les chansons peuvent presque toutes être considérées comme des love songs, que ce soit la très belle « This Dream of You » accompagnée par le fiddle et l’accordéon, « I Feel a Change Comin On », ou l’enjouée « Jolene » : des chansons dans lesquelles Dylan dit l’étendue de son amour à ceux avec qui il s’est senti « ensemble à vie », de la pudeur au sarcasme, de la frivolité au sentiment.

Les années ont passé, Dylan vit désormais dans les « temps modernes », mais une partie de son âme est restée dans les bars à crooners enfumés du midwest. Dans Together Through Life, il semble y refaire un dernier tour et on le suit volontiers, émus qu’on est par ce regard sur la vie de vieux sage espiègle. Qu’est-ce qui a changé depuis le temps? Qu’est ce qu’on a appris? Pas tout, loin s’en faut, mais c’est bien comme ça, à cet âge là on n’attend plus vraiment de réponse, on n’aspire plus à changer le monde, on se contente de se souvenir. The Times haven’t been changin’ that much in years, « It’s hard to believe, but it’s all good… »


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