Eol Trio, trois frères dans le vent

4 mars 2009
By Erick

eoltrioEol Trio est un groupe d’electro-jazz parfois mâtiné de rock progressif, dans une ambiance feutrée dont nait quelque chose d’électrique, ambiance qui semble chère aux trois frères Girard. Tous trois formés au piano dès leur plus jeune âge, Xavier choisira la batterie dont il joue comme un dompteur, Laurent se tournera vers la contrebasse dont il sort un son viril, assuré, sans équivoque, tandis que Denis restera aux claviers (Fender Rhodes, orgue Hammond, piano) entre lesquels il jongle avec sobriété et inventivité. Si chacun a choisi son instrument, c’est pour mieux aboutir à un tout cohérent, « le fruit d’un accord à six mains. » (1) Leurs succès répétés depuis le milieu des années 2000 (Jazz à Vienne, Jazz à Nice…) ont conduit à la création en mai 2008 d’un album énigmatiquement intitulé Mister K (le morceau éponyme est l’un de leurs meilleurs, soit dit en passant).

Levons le mystère tout de suite : « K », c’est pour Kafka, les choix artistiques du Trio s’inscrivant dans l’univers étrange et instable de l’écrivain. Dans une interview donnée à CultureCie (2), les frères précisent : « notre musique ressemble parfois à ses textes, elle commence quelque part mais elle ne se termine jamais où on l’attend. Et puis il y a cette absence de repères chez l’écrivain qui nous correspond aussi. »

Bien que le jeu d’Eol Trio révèle une identité propre qui le distingue et qui, sans esbrouffe, interpelle l’auditeur dès les premières mesures, le groupe ne cache pas ses influences : Miles Davis, Soft Machine pour le jazz expérimental et le jazz-rock fusion, Led Zeppelin pour le rock, Radiohead et Massive Attack pour le côté pop (et bien d’autres que je ne connais pas assez et dont je ne parle donc pas, mais qui sont cités sur le MySpace du groupe et ailleurs…). Un héritage que le Trio a su s’approprier, un éclectisme tel que chacun y trouvera son compte. C’est ainsi que plusieurs humeurs se recontrent dans la musique d’Eol Trio : des pièces de trip-hop allègres et enivrantes côtoient naturellement d’autres pièces plus marquées rock, intenses voire furieuses, laissant elles-mêmes place à un jazz plus épuré, plus serein. Les pérégrinations de Mister K, ses différents états d’âme, sans doute.

Ces influences, Eol Trio s’en démarque pour établir son style, sauf peut-être lorsqu’il s’agit de rendre hommage de manière explicite à leurs mentors. Il en va ainsi, avec générosité et sans équivoque tant la référence est évidente, d’un de leurs morceaux qui rappelle immédiatement l’ouragan « Hazard Profile 1″ (3) composé par Soft Machine trois décennies plus tôt. Le nom du morceau? « Hard Machine 2″… Le parallèle existe dans la manière de faire entrer en scène les différentes couleurs par vagues successives jusqu’à ce qu’un tout cohérent s’offre à nos oreilles sans qu’aucune de ces couleurs ne veuille prendre le pas sur les autres.

Il faut bien sur voir Eol Trio en live pour l’apprécier à sa juste mesure. Non contents d’être abordables et communicatifs, les trois frères s’expriment avec humilité et sympathie, et semblent aimer la proximité avec le public, ce qui m’avait frappé lorsque je les avais vus à l’Entrepot (Paris) il y a deux ans. Pas étonnant, alors, que le groupe dise de ses morceaux qu’ils « ne sont jamais complètement noirs. » (4) Si le Trio explore un monde, c’est un monde étrange et insaisissable, enivrant plutôt que débridé, incertain plutôt que désespéré. Cette sympathie communicative, on la retrouve dans leur mise en scène quand il s’agit d’introduire une boîte à musique pour bébé aux sonorités cristallines qui va servir de structure à un morceau, ou quand Xavier, le batteur, fait tellement corps avec son instrument que le sourire d’un masque de tragédie grecque se dessine sur son visage -

Le Trio était en concert à Paris mi-février (je n’ai pas pu y assister), en mars il se produit au Canada puis aux Etats-Unis, et il faudra attendre le 11 avril prochain pour les retrouver en France, à Montcourt-Fromonville (Seine-et-Marne). Le moment sera venu de recueillir leur avis sur leur expérience outre-atlantique…

E.S.

Liens :
Eol Trio sur MySpace : http://www.myspace.com/eoltrio
Eol Trio sur Facebook : http://www.facebook.com/pages/eol-trio/44029666246?sid=475ac1321bdbfdbee0ab92791eda526a&ref=s
Eol Trio sur Deezer : http://www.deezer.com/#music/result/all/eol%20trio
Eol Trio sur YouTube, Dailymotion, etc. – plusieurs vidéos, dont celle-ci, filmée à leur « Little Big Studio » d’Arpajon en juin 2007 : http://dailymotion.virgilio.it/rated/eoltrio/video/x38cai_eol-trio-live-nature-boy_music?from=rss

Notes :
(1) http://www.jazzenligne.com/Eol-Trio-biographie-artiste-Jazz,2911.html
(2) http://culturecie.com/typo3_src-4.0.2-rc1/index.php?id=268&tx_ttnews[tt_news]=16&tx_ttnews[backPid]=1&cHash=eb040053ff
(3) la meilleure version de « Hazard Profile Part 1″ est sans doute celle du BBC Live 1971-1974.
(4) http://culturecie.com/typo3_src-4.0.2-rc1/index.php?id=268&tx_ttnews[tt_news]=16&tx_ttnews[backPid]=1&cHash=eb040053ff

Tags: , ,

One Response to Eol Trio, trois frères dans le vent

  1. Aymeric on 4 mars 2009 at 14 h 39 min

    Il est aussi possible d’écouter gratuitement leurs titres sur LastFM à la page suivante : http://www.lastfm.fr/music/eol+trio

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*