Guns n’ Roses – November Rain [1991]

2 décembre 2009
By Yeayms

use_your_illusion_1November Rain. Allez, pourquoi pas maintenant. Novembre, il ne pleut pas, mais le hasard a de nouveau jeté cette chanson en travers de ma route. J’ai mis du temps à la reconnaître en tant que chanson-référence, j’ai même voulu un jour me débarrasser de tous mes disques des Guns. J’y suis parvenu. J’ai tout racheté dans la foulée, quelques années plus tard, d’occas, aux Etats-Unis, et j’ai laissé les stickers dollars parce que je trouvais ça cool. Pffff. En même temps, je peux me lâcher. La chanson est tellement détestée, décriée, que je peux y aller, on est entre nous. Je dois avoir mauvais goût. De toute évidence, mais la vérité est ailleurs.

La vérité dans l’histoire du rock: cette chanson ne joue aucun rôle. Elle ne rejoint pas Welcome to the Jungle dans le panthéon des chansons de Guns n’Roses qui ont fait référence pour d’autres musiciens. Elle arrive déjà périmée au début des années 90, pendant que Nirvana explose tout et que l’électro-pop attend en coulisses de jouer le grand rôle mainstream qu’elle mérite. November Rain reste pourtant un increvable classique, qui éclipse toutes les autres balades de groupes de hard et éclaire un passé révolu d’une nostalgie émue. Un truc aussi épique est un chef d’oeuvre de compromission entre, d’un coté, Axl et ses envolées symphoniques, et de l’autre, Duff/Slash et leurs no compromise rock. Sauf que. L’oeuvre reste de Guns n’Roses. Il est question de fusion plutôt que de compromission. Slash remet d’ailleurs les pendules à l’heure dans son autobiographie écrite avec Anthony Bozza: la chanson n’a pas été enregistrée sous les menaces ou sous je ne sais quel arrangement entre les membres du groupe, elle a été enregistrée avec le sentiment qu’une grande chanson d’Axl n’était rien sans Guns n’Roses. Slash ne regrette que les synthétiseurs (et de n’avoir pas été crédité en tant que compositeur). Pour le reste, November Rain est selon lui une incroyable balade au piano, dont une version sans cordes et (faux) violons existe quelque part.

La malentendu est prégnant: la chanson ne sort pas de l’enceinte de la balade rock. Elle ne cherche pas à le dissiper, ce malentendu. Elle ne cherche pas à être increvable. Elle est déjà vieille. Elle n’est que le reflet du tout début des années 90. Alors la chanson est, quoiqu’on pense par ailleurs de ses vénérables qualités artistiques, pensées subjectives, sincère. Elle n’est que sincère, puisqu’il n’y a pas lieu de la penser influente. Elle est sincère car Axl la joue depuis qu’il est en âge de plaquer quelques accords sur un piano. Elle est sincère parce que le Slash du morceau est de l’huile essentielle de guitariste, parce que n’importe quel barbu tatoué supportera les cordes du début de la chanson, puisque, enfin quand même, puisque, au milieu, oui, que se passe-t-il, rien d’extraordinaire, rien vraiment, juste de la pure nature musicale, bref vous m’avez compris, Slash pose juste un solo fantastique, référence immédiate, feeling irréprochable, technique cachée sous la mélodie imparable, sous le sens du silence, sous le son absolument PARFAIT de l’instrument. Oui, car à la différence des solistes de la décennie 80′s, Slash ne joue pas vite. Il a su rester à la Page. A la base d’un look incroyable, d’un perfectionnisme caché sous ses abus de drogues et de JackDa, d’une alliance Gibson/Marshall étincelante, Slash réinvente ce qu’est un guitariste alors qu’il vient après trois décennies de zozos quand même sacrément talentueux et hauts en couleur. Il rejoint le panthéon, parce qu’il se contente de jouer comme il respire – chose rare. Aux dires de l’intéressé, les solos studio ressemblent comme deux gouttes d’eau aux premiers solos de concert. La musique défilait dans sa tête, dit Slash. On est prêt à le croire. De toute façon, on s’en balance: de quoi parle-t-on? D’une chanson antidatée, ridicule, le chant du cygne de Guns, qui est pourtant devenue légendaire, classique instantané.

A-t-on assez parlé de la section rythmique ? Quand même. Si Matt Sorum n’égale pas la fureur quasi-adolescente de Steven Adler sur Sweet Child Of Mine, il cogne fort, juste et resserre un groupe au moment où il en a le plus besoin. D’ailleurs, il vaut mieux pour lui, qu’il joue bien… il est associé au grand Duff, le roi de la basse, le ciment de Guns, celui qui est à l’origine de la structure de beaucoup de morceaux de Guns, qui en assure la colonne vertébrale. Ce qu’il faut sur l’introduction est tout simplement unique: personnellement j’en oublie les cordes un peu baveuses. Sans mauvais jeu de mots, Duff est un rail pour Guns n’Roses. Autant au niveau du son (oh, le son de basse, on le reconnaît à des kilomètres…) que du rythme (prêtez l’oreille, la basse fait beaucoup pour le rythme de la chanson, qui n’est pas juste un rythme de slow marécageux) que de la musicalité (Duff McKagan fait, dans un groupe qui compte parmi lui l’un des meilleurs guitaristes solistes de tous les temps, des solos de basse…) que de l’attitude (son côté cool et punk qui donnera à Guns ses gages de réconciliation avec de nombreuses personnes). Jusqu’ici je parle trop peu d’Izzy… mais l’entendez-vous ? Il était déjà ailleurs, carbonisé par une expérience de junkie malheureuse qui l’a éloigné à la fois définitivement de la drogue (bien) et de la musique (pas bien). Mais écoutez bien les arpèges. Il y a la patte d’Izzy là-dedans. N’est pas Slash un guitariste qui ne peut compter sur un guitariste rythmique aussi talentueux.

Il y a quelques mots à dire pour finir sur le chant et le songwriting qui sont remarquables. Il existe d’ailleurs une version sur le live officiel de Guns qui atteste que, oui, bien que complètement siphonné et capricieux, Axl est un grand chanteur et, quand il veut parfois, un grand songwriter. Personnellement, j’adore la phrase Nevermind the darkness, we still can find a way. J’aurais l’air bien con à la dire en français, mais avouons qu’en anglais elle tape. Et l’espèce de final est quand même dantesque, comme si la chanson avait besoin de cette démesure, non, évidemment, mais le côté complètement borné d’Axl et les fulgurances de Slash emportent tout sur leur passage.

Je voulais écrire cet article depuis longtemps, mais je devais donc me magner de le magnifier, puisque, chers amis, nous sommes en décembre. Novembre c’était hier. 1991 c’était hier. J’avais 11 ans pour la première fois j’ai entendu cette chanson. Nous sommes 18 ans plus tard. Entre temps, j’ai fait deux trois trucs. Cette chanson est toujours là dans un coin de ma tête. Je suis juste un peu embêté, pour ainsi dire, de devoir la partager avec autant de monde. Alors, soyez sympas, considérez s’il vous plaît que j’ai mauvais goût et oubliez-la, si ce n’est pas déjà fait. Peine perdue: depuis le début de cet article, ça fait trois fois qu’elle passe en boucle dans votre lecteur. Avouez-le.

Aymeric – Un article de la chronique « Je dois avoir mauvais goût » sur le blog masique en général le mercredi.

Guns n’Roses – November Rain [1991] – Use Your Illusion I

Tags: , , , ,

7 Responses to Guns n’ Roses – November Rain [1991]

  1. Matthieu on 2 décembre 2009 at 2 h 47 min

    Tout le monde sait que la meilleure ballade faite par un groupe de metal all time c’est « Nothing Else Matters ». Pour les Guns je dirai « Civil War », voire « Don’t Cry » mais après négociations…
    Par contre t’as raison pour Duff, c’est vraiment un bassiste incroyable. Quand je serai grand je serai Duff !

  2. Julien on 2 décembre 2009 at 10 h 36 min

    Hey il y a aussi « Still loving You » de Scorpion en lice en terme de ballade de métalleux pour « pécho » ^^

  3. Mathieu on 2 décembre 2009 at 10 h 52 min

    Non non non, je vote november rain et estranged !

  4. Aymeric on 2 décembre 2009 at 10 h 54 min

    Non… pas Nothing Else Matters… pas assez federateur, trop geek (je m’attends a me faire demonter la, je tiens a dire que pourtant j’en ai noye des chagrins sur cette chanson). Civil War ? Excellente chanson, a la base un instrumental de Slash d’ailleurs, mais elle n’a pas la demesure de November Rain. Don’t cry, elle est belle, mais c’est un peu trop Baby Yeah Yeah, elle manque de l’apparat ridicule et lyrique qui fait finalement la splendeur de November Rain. Mais Julien a un bon point la. En fait Julien, il aurait fallu que Slash, Duff et sa bande soient dans Scorpions a ce moment la ! Bon. November Rain, donc. Je dois avoir mauvais gout. Yeah Yeah.

  5. Karim on 2 décembre 2009 at 14 h 13 min

    J’aime bien le « Il a su rester à la Page »…

    Arrête de dire du mal de Nothing!!
    Je suis d’accord avec Mathieu…Estranged c’est la classe…la guitare au début, la guitare au milieu, la guitare à la fin…enfin bref!

    Mais ma balade préférée reste Season in the Abyss de Slayer!! ;-) hé hé

  6. Aymeric on 2 décembre 2009 at 14 h 49 min

    Je vais le dire à Kerry King ! Je vais le dire à Jimmy Page !

    PS: je dis pas de mal de Nothing, je dis juste qu’on est dans une autre catégorie. et Kirk Hammett se lâche pas comme Slash. Slash, il se lâche.
    PS 2: Estranged, yeah yeah yeah aussi.

  7. Aymeric on 3 décembre 2009 at 16 h 03 min

    Comme dirait Slash sur son Twitter: Iiii|; )

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*