Le label Film Score Monthly éditait fin mail le score complet de Outland, film très sympathique de Peter Hyams avec Sean Connery, qui n’a de SF que le cadre (et l’ambiance tout à fait crédible) puisqu’il s’agit en réalité d’un thriller.
C’est l’occasion de revenir sur les meilleures musiques de Jerry Goldsmith (bio/disco) composées pour des films de science fiction.
01/ Alien (1979)
Il y a trois ans environ, le label Intrada nous permettait enfin de découvrir la partition telle qu’elle fut originellement composée par le compositeur californien. Ridley Scott, le réalisateur, n’avait en effet conservé qu’une partie de la partition pour son chef d’œuvre immortel, supprimant certains segments musicaux (notamment la confrontation avec le droïde Ash – Ian Holm – une bonne chose puisque la scène gagne en tension sans support musical), ou en remplaçant d’autres par des morceaux issus de la partition schönbergienne composée pour Freud (récemment éditée par Varèse Sarabande – le crépuscule de notre décennie rassure le béophile sur le fait que oui, tout finit bien par être décemment édité) et par l’Andante de la 2e symphonie « Romantique » de Howard Hanson.
A l’instar du film, le score de Goldsmith n’a d’égale à sa difficulté que son unicité. L’écoute du premier extrait – qui illustre le début du film – suffit pour réaliser à quel point le maestro savait installer une atmosphère, avec ce thème évoquant à la fois l’immensité de l’espace et l’oppression claustrophobe. Les deux suivants, entre tension grandissante et purs effets horrifiques, vient encore donner une idée de l’investissement de Jerry Goldsmith dans la maîtrise de son art : nous sommes loin, très loin, des clichés hollywoodiens, l’œuvre étant plutôt à rapprocher de la musique dite « savante » contemporaine.
02/ Star Trek (1979)
Deuxième titre du classement, est-ce vraiment le moment de se confondre dans la geekerie ?
Que nenni. Star Trek premier du nom, c’est certes les thèmes de l’Enterprise, le thème de la série (par Alexander Courage), ou bien évidemment le thème composé pour le film (il faut bien reconnaître que le tout s’avère assez hollywoodien pour le coup, à rapprocher de la notion de plaisir coupable), mais en fait ce n’est pas ça. C’est avant tout, pour moi, la dimension dramatique et mystique qui se dégage des morceaux « atmosphériques » proposés ci-dessous. James Horner, à l’époque où il n’était pas encore titanicesque (il détestait la cornemuse et l’utilisa pour la première fois dans Star Trek II – on ignore encore aujourd’hui si cette rencontre aurait du se faire) prendra le relai sur les deux opus suivants. Prokofiev se retourne dans sa tombe, reconnaissant quasi note pour note des passages d’Alexander Nevsky, de Romeo et Juliette, et de son oeuvre en général. Je n’irai pas plus loin, n’ayant franchement pas l’âme d’un « trekkie » (plutôt d’un trekkon ! ha. ha. personne l’avait vue venir celle-là ! quelle savoureuse tranche de rire, quel délicieux mets tragicomique, sucré-salé, il ne s’arrêtera donc jamais ! – et dire que cette courageuse saillie drolatique ne profitera qu’aux deux lecteurs qui n’ont pas encore décroché…). Bref, Star Trek les films c’est vraiment cucul, mais la musique c’est tellement énorme!
03/ Logan’s Run (1976)
Chef d’oeuvre purement goldsmithien et orwellien, divisé en deux parties : la première, située dans le monde « contrôlé », sous le Dome, mélangeant l’orchestre et les synthés pour un effet avant gardiste du plus bel, euh, effet ; et la seconde, plus orchestrale (impressionniste, goldsmithienne certes mais non sans aspects debussystes pour le coup), dépeignant la découverte de la liberté par les deux protagonistes principaux. Comme Alien, à ranger parmi les oeuvres contemporaines importantes du siècle passé. Et le film reste sympa malgré son âge! Ci-dessous, des morceaux synthetico-orchestraux illustrant le début et la fin de la première partie du film.
04/ Total Recall (1990)
Pour les chefs d’oeuvre de Goldsmith, il faut chercher dans les années 1960/70. Ce qui m’amène à souligner que cette liste ne concerne que ses scores SF, parce que s’il fallait faire un top 10 de l’un des plus grands compositeurs de musique de film qui ait jamais existé (ça n’a l’air de rien comme ça mais des films au ciné il y en a 10 par semaine, soit 500 par an, soit des milliers et des milliers depuis la naissance du cinéma) – paix à son âme partie vagabonder autre part en 2004 – on inclurait bien une cinquantaine d’œuvres. Dans un top 10.
Bon, donc, Total Recall mérite largement sa place dans le haut du panier de ce top 10 malgré sa jeunesse (1990). On y croise surtout Bartok (son Concerto pour Orchestre), et aussi un peu Stravinsky, dont les influences sont incontournables dans la musique de film en général. Le tout certes inégalé -impossible- mais fortement adrénaliné. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter le très bartokien, donc, « Clever Girl » que voici que voilà. Goldsmith lui-même s’en voulait presque d’avoir à ce point torturé les musiciens du National Philharmonic Orchestra (non non, ça n’est pas un grand orchestra, mais la prestation est là).
05/ Planet of the Apes (1968)
Bartok et Stravinsky, encore, que l’on retrouve notamment dans l’un des meilleurs morceaux d’action de Goldsmith : « The Hunt ». Pour je ne sais plus quel concert, le compositeur californien avait oublié des… saladiers, indispensables à l’exécution du morceau, qu’il s’empressa d’emprunter au restau du coin.
06/ Outland (1981)
Stravinsky de nouveau, dans l’époustouflant « Hot Water », dont on ne trouve aucun extrait. On se consolera donc avec l’introduction, qui pose l’ambiance du film, l’un de ses points forts.
07/ Capricorn One (1978)
Il s’agit encore d’un film de Peter Hyams. Chez beaucoup de béophiles, ce score aurait été classé beaucoup plus haut, pour des raisons historiques : Capricorn One est le score qui annonce le style Goldsmith pour des années à venir, bien que d’autres légèrement antérieurs comme The Cassandra Crossing (1976) ou Twilight’s Last Gleaming (1977) proposent déjà des bribes de ce style. Le succès critique du film explique que Capricorn One (le score) ait été retenu comme œuvre marquant une rupture.
La pièce de résistance ? Pas vraiment un thème, mais un motif rythmiquement travaillé, au trombone et aux cordes, que James Horner allait pomper comme à son habitude pour Aliens, 2e du nom.
08/ The Illustrated Man
Encore un CD édité par FSM… qu’il me reste à découvrir même si j’ai pu y jeter une oreille distraite. Une écoute attentive le remonterait sans doute dans le classement, car le score semble très beau, à commencer par son thème envoûtant (l’extrait commence à la deuxième minute de la vidéo ci-dessous).
09/ Star Trek V : The Final Frontier
Après avoir laissé la main sur les opus 2 à 4, Goldsmith reprend le flambeau, ce qu’il fera encore pour trois des opus suivants. Avec ST 1 et 2, The Final Frontier (que je n’ai pas vu, tant mieux, parait que c’est nul) est le troisième monument musical de la saga. On attend de pied ferme une édition digne de ce nom…
10/ Seconds
Un score assez mélancolique, que je connais peu (écouté en diagonale), mais qui mérite certainement de clôturer ce classement.
Pas de conclusion, à l’arrache, comme d’hab. Ah si! Un outsider : Coma.
Super article avec la Erick Touch !!!!! et j’adore Total Recall.
je suis bien d’accord avec toi pour Alien !