Beaux jours
Haaa les beaux jours… Mars est clément cette année. En plus de nous épargner ses giboulées qui mouillent les chaussettes, il nous offre un des plus grands saxophonistes de jazz : Julien Lourau, en concert un peu partout en France au printemps. Il sera accompagné de divers artistes, dont le pianiste franco-serbe Bojan Z (avec lequel il avait fait ses débuts) à la salle Pleyel le 25 avril.
L’occasion de revenir sur un album de Lourau que j’ai découvert assez récemment (bien qu’il soit sorti en 2000) et que j’aime beaucoup : Gambit, qui regroupe neuf musiciens, parmi lesquels des jazzmen confirmés comme Magic Malik à la flûte et Maxime Zampieri à la batterie, ainsi que les DJ’s Shalom et Jeff Sharel qui viennent apporter leurs mixes époustouflants.
On l’aura compris, avec Gambit le bien nommé (1), Lourau s’en va explorer des contrées que son saxophone n’avait pas encore abordées, celles de l’électro-jazz, prisme nouveau pour une relecture (entre autres) de certains de ses chefs-d’oeuvres.
Mars, le printemps. Le soleil brille.
Gambit aussi, à sa manière.
Jours sombres

Le moins qu’on puisse dire de « Dark, » qui confère à l’ouverture de l’album une saveur orientale (le saxo reverb y est à la limite du duduk dans la sonorité qu’il évoque), c’est qu’il annonce clairement les choses : le voyage auquel invite Gambit est sombre et envoûtant de bout en bout.
Parmi les morceaux les plus savoureux, on retiendra ensuite l’excellent « Lonely Night, » l’une des pièces les plus jazz et donc les plus classiques de l’album, toutefois entrecoupée de fulgurances au saxo et à la batterie, qui lui communiquent une furie engageante.
« Conrad, » lui, préfigure l’univers kafkaien d’Eol Trio dans son ouverture (les amateurs du Trio s’y retrouveront assurément et vice-versa, ainsi que dans le superbe « Agua »), puis se dirige vers des contrées très influencées drum and bass, pour finir sur une espèce de flamenco zoulou qui commence déjà d’achever l’auditeur en transe, alors qu’on est encore au début de l’album. On retrouvera cet envoûtement avec le morceau qui propose l’ouverture la plus roublarde : il s’agit de « Voodou House, » au nom révélateur, comme pour la plupart des morceaux de Gambit.
Vient ensuite « Agua » (signifiant « eau », et dont on trouve la très belle version originale sur City Boom Boom), qui introduit une subtile dose afro (autour de la 3e minute), avant que cette perspective ne se confirme dans « Candombe (Percussion). » A propos des trois « Candombe », courts interludes avoisinant la minute, on peut dire qu’ils sont aussi chiadés que les autres, qu’ils font bien plus que simplement meubler.
Jours heureux
Les deux derniers morceaux, « Marthe & La Jungle » et « Candombe » (morceau de clubbing éthnique qui invite à la fête alors qu’on sort de l’album), s’inscrivent dans la continuité du reste avec le même panache. Pour les linguistes, le candombe est une danse et un genre musical typique de l’Uruguay, avec influence de rythmes africains. Un tout petit regret : la fin de « Candombe » est si soudaine que le tout se termine de manière un tantinet abrupte, mais c’est peut-être aussi une façon d’indiquer à l’auditeur le chemin de retour vers la lumière (« Candombe » étant selon moi le morceau le plus enjoué).
Au final, un album très riche à défaut d’être révolutionnaire (peut-être pas complètement nouveau, mais exécuté à la perfection), qui convie de nombreuses influences (jazz, trip-hop, drum and bass, house, afro, latino…) tout en sachant conserver une trame unie et consistante. Ainsi, Gambit passe d’une traite en invitant pourtant l’auditeur dans une multitude d’univers, savamment métissés les uns avec les autres.
Et puisque Bojan Z était évoqué en début d’article, je ne résiste pas à la tentation de me re-passer « Don’t Buy Ivory Anymore » (extrait de son album Solobsession), pièce d’émotion à l’ouverture sublime (la rythmique des premières mesures est vraiment très belle, avant de revenir à quelque chose de plus conventionnel).
(1) Terme emprunté aux échecs : « sacrifice volontaire d’un pion ou d’une figure dans la phase d’ouverture dans le but d’obtenir un avantage non matériel » – http://fr.wikipedia.org/wiki/Gambit_(%C3%A9checs)

Moi qui aime beaucoup Julien lourau (et bojan z), me voilà comblée! à part le titre un peu lourau…
on va à la salle pleyel le 25 avril?