King Crimson – Première période (1967 – 1974)

8 septembre 2009
By Erick

king20crimsonL’intégralité de la discographie de King Crimson sera prochainement rééditée pour fêter le quarantième anniversaire de ce groupe britannique de légende. Les premières rééditions, remastérisées et agrémentées de divers bonus, seront celles de Red (21 septembre), In the Court of the Crimson King (12 octobre), et Lizard (26 octobre). Plus d’info ici.

Je suis loin de maîtriser les méandres historiques du groupe -  mais vous les trouverez ici de manière exhaustive -, disons simplement que Robert Fripp fut le seul membre permanent (et donc le leader, même s’il ne se considérait pas comme tel) de ce groupe en perpétuelle recomposition.

Et en perpétuelle réinvention de lui-même, si bien qu’on peut affirmer que King Crimson est un pilier du rock progressif aussi bien qu’il en est un de la musique contemporaine, en témoignant ici d’une influence héritée de Béla Bartok, en se permettant là une citation de Holst, en improvisant entre temps, et de manière totalement involontaire, sur « The Lark Ascending » de Ralph Vaughan Williams (ce qui donnera par la suite son nom au morceau : « Lark’s Tongues In Aspic »).

Pour faire court, la richesse du groupe est extraordinaire (surtout dans cette première période, la meilleure), chaque album ou presque promettant une expérience nouvelle, bien qu’il y ait quelques exceptions à la règle : les multiples versions de « Lark’s Tongues In Aspic », le deuxième album qui est un petit frère du premier, etc.

Retour sur sa discographie en 3 étapes, qui correspondent aux trois périodes de King Crimson.

1969 : In The Court of the Crimson King

Le premier album de King Crimson est aussi l’un de ses meilleurs. Si l’on excepte « Moonchild » qui est assez expérimental, et « 21st Century Schizoid Man » (aux influences jazz et à la voix torturée par le vocoder d’un jeune Greg Lake qui criait sa rage peu avant de rejoindre un certain Emerson et un certain Palmer pour fonder un autre groupe), les trois autres s’avèrent très mélodieux : une balade aérienne (« I Talk to the Wind » dont Steve Hackett fera une mangifique reprise sur ses Tokyo Tapes), un hymne lyrique terriblement émouvant (« Epitaph »), et « In The Court of the Crimson King » qui est souvent qualifié de « mini-opéra ». L’album offre également une place de choix au mellotron, chose qui n’était pas encore courante à l’époque.

Du jamais entendu, du jamais vu (une pochette bien psychédélique censée représenter le Schizoid Man de la première piste), et le succès est immédiat (5e en Angleterre). Des générations entières de musiciens s’en souviendront…

1970 : In The Wake of Poseidon

In The Wake of Poseidon peut être considéré comme une redite du précédent, mais une redite de qualité, plus apaisée également. Ainsi, « Pictures of a City » apparaît comme un bis de « Schizoid Man », de même que le titre éponyme s’inscrit dans la lignée d’ »Epitaph ». Dommage que je n’aie pas trouvé la version originale de « Pictures of a City », car celle proposée ci-dessous est de moins bonne facture…

1970 : Lizard

Un album composé intégralement par Fripp dans des conditions assez houleuses, rarement considéré comme l’un des meilleurs mais pour lequel j’ai personnellement beaucoup d’affection. La mélodie de « Cirkus » qui ouvre l’album est très jolie (dommage, encore une fois, que la version que je propose ci-dessous soit loin d’être mémorable, en fait elle est beaucoup trop lente par rapport à l’originale) ; « Lizard »  et ses influences rock (l’ouverture du morceau), jazz et free jazz (les cuivres vers la fin) et classiques (le thème au hautbois, le boléro) est un phénomène dont je ne me lasserai jamais malgré sa longueur (plus de 20 minutes). Il s’agit en quelque sorte du « Atom Heart Mother » (composé la même année par Pink Floyd) de King Crimson. Expérimentations sonores en tous genres, beaucoup d’audace, progression complexe de morceaux de plus en plus longs, aspects inquiétants, ambiances et textes décalés, mélange des influences, importance accordée aux parties instrumentales avec une place équitable accordée à chaque intervenant… Lizard est sans conteste représentatif de son époque. Un album dense, haut en couleurs (des couleurs radicalement différentes de celles des deux albums précédents), assez unique dans la discographie du groupe.

1971 : Islands

Un album que je connais peu mais dont j’aime beaucoup « The Sailor’s Tale » et « Islands ».

1973 : Lark’s Tongues in Aspic

Nouvel album indispensable au morceau éponyme en deux parties dont le groupe enregistrera plusieurs « suites » (qui n’arriveront jamais à la hauteur de ces deux premières), Lark’s Tongues in Aspic inaugure la trilogie des chefs-d’œuvre les plus percutants de King Crimson, qui allie la noirceur des premiers albums à une expression de plus en plus violente. Seule « Exiles » vient apporter une lueur optimiste au milieu d’un album sans concession. Pour revenir à « Lark’s Tongues in Aspic », la « Part 1″ alterne les influences métal, contemporaines et asiatiques (les solis de violon aux 3/4 du morceau), tandis que « Talking Drum » convoque des sonorités arabisantes. Un album plus éclectique qu’il n’y paraît, mais qui sait demeurer cohérent.

1974 : Starless and Bible Black

Plus noir, plus désespéré, plus enragé que ses prédécesseurs, cet album est en grande partie composé d’enregistrements live. Il se termine avec « Fracture », l’un des meilleurs morceaux du groupe, qui est aussi le plus violent de tous : un crescendo à la limite du malsain, qui entretient la tension mise en place dans le morceau précédent (le déstructuré « Starless and Bible Black » dont ce « Fracture » bien carré est en quelque sorte l’antithèse), et dans lequel s’insinuent sournoisement les éléments, laisse place à un véritable déferlement de violence jubilatoire qui libère l’auditeur en même temps qu’il le vide de ses forces.

1974 : Red

Troisième chef-d’œuvre de cette trilogie, Red, souvent considéré comme le meilleur album de King Crimson (cette chronique liste les influences qu’il a pu avoir), clôture la première période du groupe avec la même fulgurance mêlée de noirceur. S’il fallait retenir un morceau, ce serait le monument qu’est « Starless » : la perfection musicale déployée sur 12 minutes, de la sublime ouverture chantée par un John Wetton à son meilleur, à l’hallucinant final au saxophone alto d’un Ian McDonald déchaîné.

Avec Red, le Roi Écarlate tourne donc une page de son règne, certainement la plus mythique, mais d’autres très belles choses restent à venir. Rendez-vous la semaine prochaine pour découvrir la deuxième période de King Crimson : 1981 – 1984.

Tags: , , , , , , , , , ,

2 Responses to King Crimson – Première période (1967 – 1974)

  1. Thomas on 8 septembre 2009 at 8 h 47 min

    Je ne suis pas (encore) fan de de KC, mais je connais leurs DVDs et j’aurais bien aimé acheter quelques uns de leur disques… le top serait quand même un coffret à un prix plus compétitif que celui actuellement pratiqué sur la majeure partie de leur discographie!

  2. [...] commencent à surpasser les maîtres. Mardi, Erick a commencé une série sur le groupe progressif King Crimson. King Crimson, un groupe trop souvent sous-estimé et raillé comme le symbole du rock progressif [...]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*