Troisième et dernière partie de la rétrospective consacrée à King Crimson, avec pour commencer une troisième période, la plus estampillée « metal » du groupe, dont je ne connais pas grand chose, et pour laquelle je préfère renvoyer à la lecture de cet article.
Nombreux sont ceux qui considèrent THRAK comme l’un des albums les moins marquants du groupe (et ce n’est pas moi qui les contredirai)…
2000 : The ConstruKction of Light
…heureusement, vient ensuite The ConstruKction of Light qui, sans atteindre le niveau des deux précédentes périodes, en propose une synthèse intéressante, renouant avec la noirceur de l’apogée.
Il en va ainsi de l’excellent titre éponyme en deux parties (une première partie instrumentale suivie d’une seconde chantée par Belew), qui n’est pas sans rappeler les boucles de guitare juxtaposées de la période précédente.
« FraKctured » reprend les éléments de ce « The ConstruKction of Light » pour les acheminer en milieu de morceau vers une radicalité qui fit de « Fracture » l’un des sommets de King Crimson. Il existe ainsi, dans ce passage médian, une similitude mélodique entre les deux morceaux, même s’il va de soi que « Fracture » n’en ressort pas détrôné. A la violence brute qui caractérisait ce morceau, se substitue dans « FraKctured » une surenchère, une saturation, quelque chose de superlatif, mais de moins sauvage, moins ahurissant. Disons, plus conventionnel.
Cette saturation, on la retrouve enfin dans « Lark’s Tongues in Aspic – Part IV » (qui n’arrive pas à la cheville de ses prédécesseurs) puis « Coda – I have a Dream, » qui dénonce les maux de notre siècle (ce qui peut justifier l’accablement saturé du morceau).
Après une troisième période globalement peu convaincante, le véritable renouvellement vient avec le surprenant The Power to Believe, seul album de la quatrième (et dernière) période. Le groupe s’inscrit toujours dans la veine contemporaine/répétitive/minimaliste de la période précédente dont il reprend certains éléments, de même que certains morceaux sont hérités du passé (« Level Five » n’est pas sans rappeler « Red », de même que « Dangerous Curves » = « Talking Drum », « Eyes Wide Open » = « Waiting Man », « Elektrik » = « Discipline », « Facts Of Life » = « Lark’s Tongues In Aspic – Part I », etc.) mais s’oriente vers un son nouveau, encore plus électronique, planant, futuriste, déconnecté du temps et de l’espace (pour ne pas dire extra-terrestre), pour une musique sans concession, où l’on perçoit un peu l’influence de Bartok (« The Power To Believe III »), et dont le versant organique se laisse parfois étouffer par quelque chose de robotique et de glaçant, soutenant une vision désespérée. Une idée que l’on perçoit dans les paroles désabusées de « To Be Happy With What You Have To Be Happy With, » et qui se trouve à peine contredite par celles de « The Power To Believe – A Cappella », soit une lueur d’espoir s’extirpant péniblement du néant pour faire face au chaos (dans cette perspective, « The Power To Believe III » est remarquable).
Un album vraiment étrange donc, presque effrayant, dans lequel un morceau comme « Dangerous Curves » annihile toute notion de liberté, soumettant l’auditeur hypnotisé, l’entrainant sur une voie dont il n’a aucun moyen de se détourner… et faisant de lui le « 21st Century Schizoid Man » évoqué aux origines ?
king c’est gigantesque, ton blog est cool, follow you…