M83 – We own the sky [2008]

11 mars 2009
By Yeayms

folder1Back in 2008, les amis. Je ne sais pas vous, mais j’écrivais ma thèse. Le genre de truc qui n’arrive qu’une seule fois dans une vie. Après on fait des enfants, on plante des arbres, on plante sa vie, mais ce n’est pas grave, il reste toujours quelque chose à la fin. S’il reste un peu d’innocence tapie dans les ruines de nos adolescences, c’est même encore mieux.

D’après Adopedia, il n’y a que deux types d’adolescents: les mélancoliques laconiques et les aventuriers coutumiers. Choisissez votre camp si vous le souhaitez, puisque cela n’a pas d’importance: les souvenirs ont la même saveur, sucrée, salée, suspendue entre les filets du temps qui nous courbe et nous ride. L’écho de l’adolescence revient dès les premières chaleurs de l’été, quand le temps se dilate et la chaleur nous fait détaler vers les rires qui retentissent dehors. La suite n’est qu’alibi. Le jour de mes 28 ans, pour faire passer la pilule, je me suis surpris à être soulagé d’avoir passé un âge que n’aura jamais connu le regretté Kurt Cobain. Quelle foutaise ! J’ai intérêt à m’y prendre maintenant pour m’aliéner une chimère un peu plus plausible pour mes 30 ans.

Vous allez me dire, il reste un cratère. Ou plutôt, vous allez me dire, à force de tourner autour du pot, tu ne nous parles pas de ce morceau merveilleusement mielleux de M83, pompeusement pompé sur My Bloody Valentine et un-truc-électro-qu’-on-a-déjà-entendu-30-fois-non-je-suis-pas-blasé-mais-ces-jeunes-ne-respectent-plus-rien, ainsi que généreusement à côté de la plaque dans l’objectif de parler de l’innocence de l’adolescence (saturdays = youth, le titre de l’album). Vous avez compris maintenant où je voulais en venir, c’est-à-dire qu’à force de faire le malin avec un truc d’adolescence qui a le chic de fonctionner sur tout humain s’étant pris un râteau ou ayant fini au lit avec trentre-neuf femmes/hommes/de fièvre, c’est-à-dire tout humain sur cette Terre et dans l’Univers, ce cher Anthony Gonzalez [appelé M83, car il n'était pas tout seul au début, et puis il n'y avait pas de galaxie appelée Anthony Gonzalez, alors un nom de galaxie découverte par Caille en 1752 paraissait faire amplement l'affaire] a fini par nous pondre un machin aussi indigeste que cette phrase est décidément trop longue.

Je dois avoir mauvais goût.

Oui, je dois avoir mauvais goût, car cette chanson ne ressemble étrangement pas à ce qu’on a pu entendre ici et là. Et surtout, est-il permis de supposer que même les plus fervents pourfendeurs de ce morceau y trouveront quelques perles morceaux d’innocence et de naïveté ? C’est déjà ça. L’innocence est chose particulièrement malaisée à chanter: comme le mièvre et la torture, l’essentiel est de partir aux poings.

Oui, au fond, oui, une question. Pardon ? Ha. Merci. Oui on a déjà entendu les textures mille fois. Oui. Merci. Les claviers dans tous les sens. Oui oui. J’ai bien compris merci. Oui, je comprends vous êtes fâchés. Ecoutez, je vous propose d’écouter Enter Sandman à l’orgue de Barbarie. Vous connaissez parfaitement les deux ingrédients, le contenu et le contenant, et pourtant la fusion des deux est inédite, fascinante, magique, palpitante.

Tout de même, l’introduction est tout à fait puissante, le pont/refrain absolument stratosphériques, les choeurs magnifiques… Et ce don de M83 de faire jouer des boucles de guitare à égalité avec des boucles de clavier, dans un même mouvement, une même locomotive émotive, ça vous laisse indifférent ? J’ai du mal à dire plus. Ce morceau transporte car il est une fenêtre sur le temps : justement intemporel, témoignage d’innocence pure, chacun y met sa vie, son été chaud d’ado, ses perles de temps suspendu figées à jamais dans un coin du cerveau.

We own the sky est la madeleine de Proust que vous aviez rêvé de manger. Il reste toujours quelque chose à la fin. Il suffit de savoir se souvenir. Nous sommes la somme de nos ancêtres, nous possédons le ciel.  Si vous me permettez d’emmener une phrase sur une île déserte, je choisis celle-ci.

Abracadabra ! Garcimore me maudisse pour ces phrases à tiroir. Je dois avoir mauvais goût, mais faites-moi plaisir : laissez-y un tympan.

M83 – We own the sky [saturdays=youth, 2008]

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4 Responses to M83 – We own the sky [2008]

  1. Aymeric on 11 mars 2009 at 13 h 05 min

    J’ajoute que le titre est en écoute gratuite sur Last FM http://www.lastfm.fr/music/M83/_/We+Own+the+Sky

  2. Julie on 14 mars 2009 at 17 h 45 min

    Effectivement il en reste quelques chose…cela me fait un peu penser à Air, que j’écoutais justement dans les airs, en regardant par le hublot le soleil qui disparaissait sous les nuages…l’un des moments magiques que l’on n’oublie pas (je vous assure que l’avion suivait le rythme d’Air). Cher Aymeric merci, car en écoutant ce morceau la madeleine de Proust a bien agit de nouveau pour moi. Lorsque j’écoute ce type de musique électronique aérienne, je me revois dans l’avion…ces quelques minutes qui transportent une vie.

  3. Aymeric on 15 mars 2009 at 4 h 56 min

    Chère Julie merci. J’en suis tout baba. Content que ce morceau t’ait transporté…

  4. Top 20 ’11 (Part 2/2)_MASIQUE.COM | MASIQUE.COM on 10 janvier 2012 at 3 h 02 min

    [...] lesquels ses interludes et son Finale (« Outro »). Plusieurs chansons de M83 sont apparues dans les bandes sonores de divers films et séries, français ou américains [...]

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