[Episode 15] Yargl. Me voilà de retour. Même pas pour vous parler d’actualité, quoique, mais pour vous pondre un article que j’aurais pu pondre il y a au moins 20 ans au lieu d’attendre tout ce temps et de commettre sur masique un machin alambiqué que personne ne lit puisqu’il en va ainsi de la rubrique je dois avoir mauvais goût, d’ailleurs c’est pour cette raison que j’ai arrêté pendant un moment depuis la dernière rubrique, car étant donné que je suis mon seul et unique lecteur, je suis parvenu à me saoûler et faire scission avec moi-même, du coup cela m’a pris un peu de temps à me recomposer avec ma propre psychê, vous noterez la longueur du premier paragraphe, que dis-je de la première phrase, enfin de la troisième plutôt, mais comprenez bien que je n’en suis qu’à la moitié du morceau, oui car personnellement j’écoute le morceau en boucle lorsque je le chronique, afin d’écrire avec sincérité et dévouement, je n’en suis donc qu’à la moitié du morceau et il me faut meubler ce fameux premier paragraphe d’entrée en matière, inutile et vain, afin de classer mes lecteurs en deux catégories, ceux qui ont abandonné la lecture et ma propre personne, juste pour voir, n’est-ce pas, qui suivra, mais je peux vous dire qu’à coup sûr les Metallica n’abandonnent pas, à 7:30 ils sont toujours là et balancent comme des malades, je vous laisse imaginer le bienfait d’un tel morceau pour le corps humain, il faudrait le passer dans les salles d’attente afin de lire Paris Match, James rigole, le morceau est fini et le paragraphe s’arrête brutalement.
Tout de même, un sacré morceau. De geek, assurément. Les geeks de la guitare ont tous (en général, mal) joué le riff d’introduction dans un magasin de guitare sous l’oeil atterré du vendeur. Les geeks du métal ont tous déjà beuglé « Master ! » dans un stade quelconque sentant la bière, les merguez et les hormones animales. Les geeks du rock progressif ont tous trouvé que le pont au milieu est quand même très à propos. Les geeks de Metallica ont déjà chanté le solo de James du milieu devant un parterre de mines médusées par tant de connaissances encyclopédiques de notes pentatoniques. Les geekettes de Metallica ont déjà trouvé que Kirk Hammett est très beau lorsqu’il joue ce solo du milieu. Les geekettes de Metallica ont d’ailleurs appris ce solo parfaitement, parce que certains fans machos de Metallica ne les prenaient pas au sérieux. Les parents de geek ont déjà écouté ce morceau pour essayer (en vain) de comprendre. Les copines de geek de Metallica ont déjà claqué la porte sur ce morceau. Les copains de geekettes de Metallica ont déjà écouté Radiohead dans leur ipod quand leur copine se badigeonnait les oreilles d’histoires de maître et de marionnettes en double-croches. Certains geeks ont déjà joué à des jeux vidéos en écoutant cette musique. Certains geeks ont téléchargé illégalement ce morceau sur Napster. Certains geeks et geekettes ont fait l’amour sur ce morceau. Certains geeks ont fait la guerre sur ce morceau, c’est la seule phrase sérieuse du paragraphe, véridique, un corollaire triste de la musique de Metallica au début de la guerre en Irak — lequel a contribué à amener la confusion chez certains esprits étriqués (ou qui n’ont pas écouté One) entre musique d’inspiration martiale et musique proprement martiale.
Redevenons léger. Fait rare dans le métal, Metallica fédère. Nous avons là un morceau archétypal, ce qui dans 20 ans sera considéré comme les Rolling Stones d’alors, quand les Rolling Stones seront devenus l’équivalent de Chuck Berry. Un morceau, il faut le rappeler, remarquablement exécuté, terriblement efficace, diaboliquement sinueux, absolument direct, résolument riche. Notez que je me la pète un peu dans cette phrase juste pour le staïle, j’essaierai de ne pas recommencer car lecteur tu es mon ami, je n’ai rien à te prouver, je veux te prendre par la main et sûrement pas t’impressionner avec des ruptures stylistiques à deux balles. Bref, je disais, de la belle ouvrage par un groupe alors complètement soudé, chacun à sa place fait le boulot et le fait merveilleusement bien. Imaginez quand même. Le groupe comporte quand même un guitariste rythmique et chanteur faramineux, un batteur athlétique et lourdement tonique, un bassiste fin et puissant, un guitariste soliste sombrement talentueux qui joue à la fois de la paresse et de la virtuosité. Ajoutez à cela des compositions sans limites apparentes, dont ce Master of Puppets à la fois complètement barré et directement compréhensible, qui concentre en son sein une science bluffante du rythme, de la construction, du gros son, du riff qui tue et de la phrase qui tache. Cet enchaînement de mots, ces paragraphes un peu pédants pour dire que c’est droit dans ta face et suffisamment riche pour s’en reprendre dans la face pendant un bon moment. Au risque de la caricature. Bien sûr, au risque de la caricature. Mais allez expliquer ça à une foule de chevelues et chevelus beuglant toudoudoudoudoudoudouuuuuuuuuuuu doudoudoudoudoudouuuuuuuu (la mélodie doublée du pont, que le lecteur de masique aura reconnu grâce à son cerveau bionique) dans un stade rempli sentant l’encyclopédie de notes pentatoniques, la merguez à la bière et, bien sûr, l’amour. Allez leur expliquer. Vous ne pourrez argumenter si vous vous êtes arrêtés avant la montée entre 6:19 et 6:38 (je parle de la version studio) qui se finit avec les toms qui suivent les guitares, tu vois de quoi je parle mon pote, c’est trop bon.
C’est trop bon. Alors, allez vous faire maître. Je dois avoir mauvais goût.
Aymeric – Un article de la chronique Je dois avoir mauvais goût sur le blog masique souvent.
Metallica – Master of Puppets [1986] – Master of Puppets
Les épisodes précédents
14. Guns n’ Roses – November Rain [1991]
13. Jay-Z + Alicia Keys – Empire State of Mind [2009]
12. Eiffel – Ma blonde [2009]
11. Smashing Pumpkins – Let Me Give the (web) to You [2000-2009]
10. Maxwell – Fistful of Tears [2009]
9. Emperor – I am the Black Wizard [1994]
8. The Gamits – How to Escape [2004]
7. Pulp – Common People [1995] & Manic Street Preachers – A Design For Life [1996]
6. Queen – Radio Ga Ga [1984]
5. Serge Gainsbourg – Variations sur Marilou [1976]
4. Muse – Thoughts of a Dying Atheist [2003]
3. Bruce Springsteen – Jungleland [1975]
2. M83 – We own the sky [2008]
1. TTC – Pollutions [2002]