Le troisième album (si l’on excepte l’EP de 2001) du groupe texan pentacéphale Midlake partage l’auditorat en trois catégories : 1. ceux pour qui cette cette musique d’un autre âge, emprunte d’un « mysticisme moyenâgeux », suffit à faire de The Courage of Others l’album number ouane du premier trimestre tou taousand ten, 2. ceux qui trouvent ça chiant, et, puisque l’Univers est complexe, que tous les goûts sont dans la nature, et que de tout temps, l’Homme cultiva un goût prononcé pour l’ambiguïté, nous avons enfin 3. ceux qu’ont pas suffisamment de couilles pour trancher dans le vif et qui trouvent cet album « pas mal mais c’est pas un chef d’œuvre ».
The Courage of Others, dernier né de Midlake, est un album pas mal sans pour autant s’avérer un chef d’œuvre. L’album d’une saison plutôt que la révélation folk de l’année, malgré un dévouement et une bonne volonté manifestes. Chaque chanson, joliment arrangée, s’écoute donc avec tout le plaisir que sait procurer le folk mélancolique (mélancolique, ça l’est résolument même si ça n’est pas dénué d’espoir voire de quelques excès lyriques), ce serait plutôt dans sa globalité que l’album peine à maintenir l’attention et à vraiment décoller.
Reste que ceux qui sont clients du genre n’auront aucun mal à apprécier The Courage of Others, sans forcément y rencontrer le bouleversement que d’aucuns ont pu ressentir. Car il y a de très belles choses, comme les deux chansons qui clôturent l’album et qui pour le coup sont vraiment bien :
Alors qu’est-ce qui manque à cet album pour totalement convaincre ? Les influences de Midlake sont nombreuses, de Fairport Convention à Fleet Foxes, en passant par Fleetwood Mac. Mais à mon sens il en manque une que la critique n’a – pour le peu que j’ai pu lire – pas relevée, et que The Courage of Others me rappelle inévitablement : Camel et son mythique Harbour of Tears (1996), florilège d’émotions Irish rock composé après la disparition du père d’Andrew Latimer, bouleversant (pour le coup) déferlement d’émotions attachantes de par leur naïveté (les détracteurs diraient que c’est complètement cucul la praline), et l’amour et la tristesse qu’y imprègne le chanteur, who definitely did it. Sans parler d’une certaine répétitivité ou d’une certaine linéarité (pour ne pas dire d’une certaine monochromie n’est-ce pas) de l’ensemble, c’est peut-être jusqu’à ce total don de soi qu’on aurait aimé voir les cinq garçons de Midlake s’abandonner, tant qu’ils y étaient (on pense aussi un peu, mais un peu seulement, aux meilleures ballades du rock prog britannique, de King Crimson à Jethro Tull). Avec Courage of Others, et malgré la dithyrambe qui le qualifie de « mystique » ou d’ »ancestral », peut-être ne s’éloigne-t-on pas tant d’un chemin relativement balisé, si bien qu’un auditeur aussi inattentif que celui qui s’adresse à vous en ce moment risque de passer à côté de la dimension spirituelle du truc.
Allez, cette critique est un peu sévère et son auteur, qui n’a pas encore pris le temps de bien s’approprier l’album, n’a décidément pas de couilles : c’est mieux que pas mal, certainement à réécouter dans une disposition psychologique plus propice à l’introspection. Les déçus pourront se consoler en réécoutant le tube en deux parties « Some of them were superstitious » issu du premier album, pour lequel je nourris une affection un peu coupable (coupable, parce que je préfère la 2e partie, quand ça vire musique de lycéenne qui perd pas espoir car elle finira bien par l’avoir le mec)…
…voire les bien 70′s « In this Camp », « We gathered in Spring », et « It Covers the Hillside », issus du deuxième :
Et pour finir, parce que c’est juste totalement immortel, absolument too much, et résolument bad taste :
Non mais pour l’ultime « Hour Candle (A Song for my Father) » à partir de 4:35 fallait laisser faire Aymeric et sa rubrique sur les goûts qu’on n’explique pas, tant ça se situe quelque part à mi-chemin entre le rire et les larmes ce truc !