Muse – Thoughts of a Dying Atheist [2003]

1 avril 2009
By Yeayms

absolutionBack in 2003, les amis. Je ne sais pas vous, mais moi j’étais en train de me demander ce que j’allais faire de ma vie. Alors de Muse je n’avais cure et de Cure je m’amusais. Et vice versa.

Adoncques comme dirait Brautigan, parlons de Muse. Le dossier est chargé. Les partisans du rock indé le plus pur et le plus subtil poussent des cris d’orfraie dès qu’on leur évoque le nom de Matthew Bellamy : pompeux, grotesque, ridicule, ampoulé, sans finesse et sans gloire. Avouons qu’avec des morceaux comme Apocalypse Please ou Knights of Cydonia, il est un peu délicat de leur donner tort. Versons au dossier les tours de chant dégoulinants de ce cher Matthew, les solos de guitare à rallonge et la rythmique hénaurme digne d’un échantillon sonore d’un autoradio dernier cri.

Arf, justement. Le dernier cri se fait attendre et un nouvel album va voir le jour. Encore plus symphonique. Matthew est un grand romantique : rocker bercé aux sonorités classiques et aux avalanches de piano rachmaninoviennes et chopinesques qu’il reproduit comme un ignare peindrait du Picasso, il souffle dans le micro toutes les fins de phrase pour dire au public combien il l’aime. Ouch.

Zut, tout n’avait pas si mal commencé. La presse rock est d’ailleurs tombée dans le panneau du premier album du groupe qui annonçait les excès sans les mener à leur terme. Un manque à gagner qui fut – pour le malheur de nos oreilles – largement rattrapé par la suite. La musique de Muse est cantique de Kant : critique de la raison pure, elle titille le pathos en lui donnant de grands coups de latte en travers de la mâchoire. Nos trois anglais épousent la litanie épuisante du grand bazar de la grandiloquence.

Je dois avoir mauvais goût.

Certes, si vous le voulez, je dois avoir mauvais goût, mais ne renions pas ce qui a été dit. Muse a massacré son potentiel mais que je sois maudit par le foie de Keith Richards si je ne reconnais pas que certaines chansons sont très bonnes.

Evacuons tout d’abord une évidence que l’on peut lire un peu partout : sur scène, Muse est imbattable. Tout à fait, c’est exact. Muse est un excellent groupe de scène, un power trio comme l’on en fait plus. Cette idée fait l’unanimité, non pas parce qu’elle est objectivement vraie, mais parce qu’elle correspond à une aubaine réthorique consistant à masquer la crispation ressentie en écoutant les disques par une fourbe diversion recommandant le groupe en live. Pas de risque alors de devoir dire que les disques sont nuls et indigestes.

J’en viens au morceau. Certes, l’intitulé est ridicule. Certes, avant le solo de guitare, il y a du flanger et diantre, c’est d’une inutilité totale. Certes, Matthew souffle encore un peu dans le micro. Certes, la partie « yeyeye yeyeyeee ouaaaaaan ouaaannnn » vaut environ deux dollars Madoff. Certes, il y a encore des artifices Muse, une production maousse, comme si un feu d’artifice venait gâcher un concert acoustique de Jenifer. Certes. Certes. Certes.

Discutez, discutez, il y a dans cette chanson un peu de Smiths sous amphètes et surtout une énergie formidable de Muse en tant que power trio. De telles chansons sont rares, mais elles retranscrivent bien la puissance dégagée en live par le groupe. La chansons débute par des arpèges (Théorème: Toute chanson de Muse commence par un arpège romantico-gothique avant que des power chords bien senties ne viennent donner trop la patate à la chanson qui du coup peut accueillir des nappes de piano, passer à la radio djeunz et rencontrer un succès notable. Corollaire: Sing for Absolution est une chanson de Catherine Lara), mais ils sont exécutés rapidement, avant que le duo basse-batterie ne vienne donner une tension incroyable au mouvement de la chansons. Alors ? Que va nous faire Matthew ?

Bien, Matthew n’en fait pas des caisses et délaisse son miroir de Blanche-Neige. Le solo est l’avenant, mais raisonnable tant il renforce la tension du morceau. Sur le refrain, Matt a une belle voix, servie par une rythmique juste ce qu’il faut de grandiloquence. Muse n’a jamais été aussi clair que sur ce morceau : nos trois zozos sont au rock ce qu’Icare est au vol. Sur Thoughts of a Dying Atheist, le groupe fait un vol plané proche du sol et rappelle in extremis au monde qu’il peut exister en dehors des pianos, des morceaux à plusieurs mouvements et des paroles philosophiques repiquées dans l’almanach annuel.

Tourte aux légumes ! Que je sois changé en Alice Cooper chauve pour avoir osé défendre corps et âmes le sens de l’énergie de Muse et pourfendu son sens du paysage kitsch. Je dois avoir mauvais goût, mais tâtez donc le terrain pour voir.

Muse – Thoughts of a Dying Atheist [Absolution, 2003]

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