
Samedi 11 avril, 20 heures. Très pros, Avishai Cohen et ses musiciens commencent pile à l’heure. Une première minute assez extraordinaire, où se succèdent les sensations et les sons : au viril raclement de gorge dans lequel Thomas (?) annonce clairement la couleur de son émotion et la détermination de son exigence, succède une douce mélodie qui augure du meilleur, puis, trop brutalement pour nos fluettes oreilles, quelque chose d’inattendu, qui échaudera (ou refroidira, au choix) le public pendant près d’une heure…
Sirènes
A la surprise générale, l’alarme prend le pas sur la lumière. Le vacarme irritant et la sempiternelle pénombre sortent de leurs gonds les plus impatients et désespèrent les grands pessimistes. Mais c’est Avishai Cohen alors on prend notre mal en patience, on se saoule de bière, on se bourre de quiche, on s’enivre du chant des sirènes… Le producteur du Bataclan, « bon perdant », gère la crise avec l’humilité de circonstance, puis on finit par avoir confirmation : le temps de faire quelques réglages, et Avishai jouera. Cela dit, on ne sait pas exactement quand, on se demande si, après le tumulte, l’artiste sera en mesure de donner le meilleur de lui même…
The best audience I ever had
Une heure plus tard, le concert (re)commence. Avishai Cohen débarque avec sa clique, composée de Karen Malka au chant, Shai Maestro au piano, Itamar Doari aux percus, et Amos Hoffman à l’oud et à la guitare. Il en fallait plus pour déstabiliser le contrebassiste israélien qui lance le susmentionné compliment au public et qui, ayant saisi la bouillonnante substance de son audience, décide d’inaugurer sa prestation par un autre morceau. Ou comment faire oublier une heure en même pas une minute…
Retour aux sources
C’est à un retour aux sources traditionnelles, aux racines israéliennes (dont deux chansons composées pour papa et maman), que nous convie Avishai Cohen, proposant une majorité de morceaux ethniques, intemporels, métissant le jazz et les influences aussi bien pop qu’orientales ou latino, sur lesquels il vient poser une voix suave et trilingue (hébreu, anglais, espagnol) qui confirme toute l’étendue de son talent. Le concert reprend donc le contenu du récent Aurora (et un peu de Shaot Regishot) avec une énergie et une générosité dont la sincérité explosent à chaque instant.
Le résultat est assez différent de ce que l’on connaissait d’Avishai (plusieurs morceaux d’une puissance émotionnelle et spirituelle rarement entendue) et le niveau de qualité frôle encore une fois la perfection. Progressivement, Avishai Cohen conquiert son auditorat, le faisant cheminer vers la transe.
A very special night

Avant d’arriver au plat de résistance, . Nouvelle surprise, aussi bien pour le groupe que pour le public, Avishai Cohen fait preuve d’une maestra telle que son instrument lui confesse son épuisement dès le premier (ou deuxième ?) morceau en « désencochant » la première corde. Qu’à cela ne tienne, il en reste trois pour parvenir à une exécution sans faille. Avishai s’amuse de l’incident (« It’s a very special night ! »), en profite pour développer une complicité avec son public, et pour faire la promotion gratuite des couteaux suisses.
Bataclan, y’a quelqu’un?
Faut croire que oui.
Une complicité qui ira croissante (le cadre du Bataclan s’y prête), avec deux autres grands moments de bonheur que sont la jam session ponctuée par les cris du public (cf. vidéo ci-dessous), et l’apothéose pour laquelle Avishai Cohen invite le public à danser sur scène aux côtés des musiciens. Inutile de vous dire que plus personne n’est assis, que tout remue de plaisir, qu’Avishai transforme un concert qui aurait pu être maudit en véritable fête ! La manière dont il comprend son public et dont il le fait participer à son bonheur manifeste d’être là complète idéalement la beauté des mélodies. A la fin du concert, c’est adjugé : pour composer des choses aussi belles, pour être dans une telle démarche de partage, Avishai Cohen est forcément un homme bon. On serait bien resté là, à danser toute la nuit avec lui…
L’homme-orchestre
Contrebasse et chant évidemment, mais aussi guitare-basse et piano… Sans esbroufe aucune, Cohen jouera de tout et ne manquera pas de prouver qu’il est un artiste complet, en se mettant plusieurs fois en retrait pour laisser à ses acolytes leurs moments de gloire, amplement mérités comme le prouve cette vidéo (extraite du concert de la veille) d’Itamar Doari, percussioniste virtuose :
Solo d’Avishai à la contrebasse :
Du tourment à la simplicité
Au final, un concert inoubliable, une énergie communicative qui a électrisé tous les corps, et des artistes qui respirent la générosité et la liberté… Avishai Cohen décrit ainsi cette nouvelle étape que constitue Aurora : « Cet album ouvre pour moi un nouveau chapitre, plus personnel, plus apaisé. J’ai longtemps joué sous tension parce que j’avais peur de ne pas être bon. Mais je suis arrivé à un point où j’aurais mauvaise grâce de nier ma virtuosité. J’ai appris à aimer mes peurs et à les traverser. La création a toujours à voir avec le tourment. C’est vrai, chanter a fait partie de ces peurs qui sont des défis positifs. Cela n’a pas été facile au début, avec la contrebasse dans les bras. Mais cela devient de plus en plus naturel et cela colle bien à mon feeling actuel: aller vers la simplicité, la vérité. » (Le JDD du 09 avril)
On prendra plaisir à le retrouver en mai en région parisienne (78) et en novembre à l’Alhambra, quant à vous, ne manquez surtout pas leurs prochaines dates françaises !
Crépuscule
Trois des plus beaux morceaux d’Aurora, histoire d’achever mon plaidoyer…
« Leolam »
« Winter Song »
« Shir Preda »
Par Julie, Thomas & Erick.
Un grand merci à mon caméraman et néanmoins ami Florian qui nous fait profiter de ses très belles vidéos !
Hey, salut
Très joli article que tu as écris là….
Je suis tout à fait d’accord avec toi, Avishai doit être une homme bon.
J’étais également au concert samedi. Évidemment j’ai réussi à oublié mon appareil photo.
Aurais-tu une vidéo du dernier morceau, ou tout le monde danse et ou il y a une trentaine personnes sur scène?
J’ai beau chercher cette vidéo, je ne la trouve pas,
Shame on me…
merci
Hey,
comme toi j’imagine, Florian et moi étions complètement stupéfaits par le spectacle que nous offraient Avishai et sa bande, si bien que j’ai tardé à réagir pour avoir une vidéo. Quand l’idée a fait son chemin vers mon petit cerveau trop lent, il était trop tard, la scène était trop remplie pour qu’on distingue bien les musiciens, et le plaisir était trop grand pour ne pas tout simplement en profiter et laisser l’appareil photo se reposer. Donc pas de vidéo de ce grand moment, désolé!!
Disons que ça restera le souvenir dont seuls ceux qui ont assisté au concert jouiront!
Bonjour à tous,
Cet article honore l’évènement que vécurent toutes les personnes présentes à ce concert. On déplorera – enfants gâtés que nous sommes – l’absence d’une video de l’envolée finale, toute de liesse et de slap furieux. Mais cela se comprend : quel âme froide aurait renoncé à s’adonner au spectacle devenu fête en le filmant, sauf à trahir son insensibilité, sa non-participation à l’échange artistique ? Salutaires pour la mémoire sont les vidéos ci-dessus, mais dieu merci l’indescriptible reste dans la crypte de nos mémoires, et rien n’en vient déchirer la mystique.
On va dire que je me mêle de ce qui ne me regarde pas, qu’au fond chacun est libre de se remémorer les meilleurs moments du concert. Je reconnaitrai poliment mon tort, on ne lutte pas contre le progrès.
Et j’ajouterais que non seulement on dit « quelle âme », et pas « quel », mais surtout qu’on écoutera avec grand profit un album nommé Lyla (« How long » vous hantera) et un live intitulé « As is… » dont la reprise de « Caravan » est une leçon de jam, de jazz, de funk et d’humilité pour tout musicien aussi digne de ce nom qu’indigne de célébrité, Feediop retient également tous mes suffrages.
Arnaud,
Même si « Lyla » et « Gently Disturbed » sont très bons, le plus consistant demeure selon moi « Continuo », que je te remercie encore de m’avoir fait découvrir.
Mes amis et moi même étions dans la rangé du milieu, 3ème rang. Notre « photographe » a pu prendre enormément de photos, que je vous ferais parvenir dès que je les auraient récupérées.
Soirée innoubliable en tout cas, 1h00 de panique, 1 accident de corde à la 2ème musique, beaucoup d’humour de la part des musiciens, une technicitée au top et un final en appotéose !
Je ne sais pas comment s’est passé le concert du 10 mais j’ose croire que nous avons vu le 11, le meilleur des concert pour l’album Aurora !