
Quand Paolo Nutini a débarqué sur la scène de l’Elysée-Montmartre en 2006, son attitude sur scène tenait à fond de l’adolescent timide et hypersensible. Il avait un look de minet anglais, portait la mèche longue et le pull à rayures de maman, d’ailleurs les filles lui lançaient des ours en peluche sur la scène.
Sur chaque chanson il regardait ses pieds plutôt que le public et filait prendre une bière avant la fin. Paolo nous a aussi fait la tête à un moment, quand il a cru qu’on l’avait sifflé pour avoir repris du Moby – il nous a engueulé en écossais, on n’a rien compris, mais on a trouvé qu’il était quand même pas très cool avec nous.
C’est comme ça, quand on aime beaucoup, on se comprend rarement du premier coup, et c’était son premier concert en France. Et le public, Dieu sait qu’il était acquis, parce que découvrir ce beau gosse de 19 ans et sa voix du fin fond de la Louisiane, c’était comme de découvrir un talent brut d’émotion. En plus, il avait l’air complètement perdu, malheureux en amour, ce qui donnait envie de le prendre dans ses bras et de lui faire un gros hug en attendant que ça passe.
Trois ans ont passé, exit « These streets », sortie de « Sunny Side Up », Paolo est en concert dans la cour du château de Vincennes à la Fête de la Musique, allons-y pour le côté revival, et là je me prends la claque de ma vie : ce n’est plus un jeune crooner pour midinettes avec une belle voix ; c’est Janice Joplin, James Brown, Ray Charles, Jeff Buckley et bien d’autres encore, tous habités, qui se partagent à tour de rôle ce corps frêle et lui font ressusciter le blues, le jazz, le reggae et le rock steady. Paolo m’a prise de court, je n’ai commencé à le retrouver qu’à la moitié du concert, quand il a attaqué sur une des deux seules ballades de l’album, « Candy ». Paolo est heureux, très heureux ; pourtant sa voix exprime le bonheur avec la même intensité ardente que celle des amours sans espoir, portée par son visage transcendé d’archange. « Sunny Side Up » n’est peut être pas un album extraordinaire, mais son auteur-interprète de 22 ans lui est prodigieux.
Paolo Nutini : Nouveau Casino le 10 novembre 2009