5 ans d’impatience et Gorillaz nous dévoile en mars 2010 son troisième opus, Plastic Beach, donnant un peu de couleurs et de pétillance aux sorties musicales de cette année. A chaque nouvelle sortie d’album, Gorillaz affirme qu’il s’agit du dernier…..Espérons qu’ils nous mentent comme ça encore longtemps.
Gorillaz est avant tout un groupe «dans le coup», une véritable référence en matière de projet musical. Chaque album est la découverte d’une nouvelle facette du groupe, d’une nouvelle ambiance musicale, et de nouvelles aventures pour nos 4 personnages virtuels : 2D (chanteur), Murdoc (bassiste), Noodle (guitariste) et Russel Hobbs (batteur), fruits de l’imagination de Damon Albarn, chanteur et multi-instrumentiste du groupe Blur, et de Jamie Hewlett, le dessinateur. Malgré tout on y reconnaît toujours la patte du groupe, outre son identité visuelle, c’est par sa musique très diversifiée, voulant nous faire voyager, allant de la pop aux hip hop en passant par l’electro, résolument moderne, bien qu’à base de sons sortis tout droit des synthétiseurs années 80 ; c’est par sa musique rythmée, enjouée, et composée de bruitages publicitaires ou de séries type K200 et Super Copter que nous les reconnaissons, quelques sois les changement parfois radicaux choisis pour un nouvel album. Car Plastic Beach en surprend plus d’un par son côté très Hip Hop. Véritable tournant, parenthèse ou suite logique ?
 Selon Murdoc : « Vous êtes vivant ou vous ne l’êtes pas. Vous êtes dans le coup ou vous ne l’êtes pas. Ce ne sont là que des choses gravées de façon compulsive sur les murs des grottes à l’intérieur du cerveau humain… On essaye de décorer notre cage, de se distraire tant qu’on est encore là . Le nouvel album va sortir. Et ‘Demon Days’ va sonner comme l’œuvre d’un groupe de première partie. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on a sérieusement élevé le niveau. »
Premier pilier d’un projet Gorillaz : le scénario. La sortie d’un album est avant tout racontée et dessinée, il s’agit de la suite des aventures de nos quatre personnages fétiches. Une nouvelle fois avec Plastic Beach, Gorillaz nous plonge dans un univers artistiquement et scénaristiquement bien ficelé, à la fois attachant et miroir des dérives de notre planète. Les communiqués de presse qui précèdent la sortie d’un nouvel album sont toujours de purs bonheurs :
« Le groupe s’est retiré dans une île secrète, flottant très au sud du Pacifique sud. Le quartier général Plastic Beach, fait de détritus, de débris, et de restes délavés de l’humanité. Cette Pastic Beach est le coin le plus éloigné de toute terre habitée sur terre ; le coin le plus désert de la planète. »
 …..Une île poubelle, comme il en existe réellement dans l’océan. Plastic Beach est une mise en exergue du gâchis, du consumérisme et de l’échec humain, et derrière cela il s’agit d’un album anti pop-idol. L’interview de Murdoc sur le site mk2 nous en dit long :
« Pis franchement, y a plein de bons trucs en pop. Je suis super fan des Girls Aloud, par exemple – si tu mets le volume sonore à zéro. Et de Lady Gaga… C’est une sataniste, tu sais!! On est faits l’un pour l’autre, je la vois trop bien dans une de mes capes ! Sans déconner, tout ce torrent de merdes préfabriquées qui se jette dans le grand océan de la pop, toutes ces marionnettes clinquantes créées par une industrie cynique qui défilent à toute allure sur le tapis roulant des jeux télé, ça me file des haut-le-coeur. Penses-y : si les Gorillaz participaient à un de ces trucs, ils finiraient derniers. Un chanteur idiot avec des cheveux bleus, un bassiste sataniste à la coupe en pétard et au passé trouble, un batteur afro-américain trop gros qui fait des crises d’angoisse et, à la guitare, une ado japonaise cyclothymique au cerveau hypertrophié… Personne ne parierait un kopeck sur nous. Ces émissions stupides sont d’immondes usines à fric tapageuses, ça pue, ça gigote trop, c’est dégueulasse. Si le public pouvait choisir ce qui est intéressant et engagé – NOUS – plutôt que ces fantoches bas de gamme – des jumeaux d’éprouvette à la coupe de singe, une fille à grosse bouche, un garçon en pantalon brillant, SUSAN PUTAIN DE BOYLE… Chais pas… Ces spectacles déforment nos goûts, nos attentes, nos recherches.[…]] »
J’imagine alors que la pop est volontairement moins pop dans Plastic Beach, recyclée. elle prend moins de place, à l’avantage du hip hop et de l’electro.
Deuxième pilier d’un projet Gorillaz : la liste des invités apportant leurs voix et instrument, qui illustre à elle seule la diversité musicale de l’album :
Snoop Dogg et Mos Def pour la prédominance hip-hop, Little dragon au rayon électro pop, venant de Suède compléter les quelques morceaux pop joués uniquement pas Gorillaz au milieu de l’album, puis la touche vieux rock apportée par Mick Jones et Paul Simonon (qui rejouent ensemble pour la première fois depuis les Clash) ainsi que Lou Reed, De La Soul, Bobby Womack, Mark E Smith et le National Orchestra Of Arabic Music, en j’en passe.
Troisième pilier (étroitement lié au second) : la surprise musicale ou comment ne pas rester figé dans son style musical et surprendre jusqu’à en prendre des risques.
Plastic Beach est un sérieux virage dans l’univers de Gorillaz, L’album joue sur les climats propres à chaque genre musical en 16 morceaux. Cela peut être déroutant à la première écoute. Aucun vrai tube sur le disque, aucune composition évidente de prime abord, un album beaucoup moins facile d’accès, mais que j’aime à écouter car il est pêchu et me fait penser aux sachets de chewing gum en granulés qui pétillent lors de la mises en bouche, surprenant et acidulé, puis forment ensuite, à force de mâcher, un boule de gum homogène et délicieuse. Bon aller, comme j’adore quand Murdoc nous raconte n’importe quoi, je vous en remets une, car finalement elle décrit bien l’album :Â
« Je suis hyper fan des idées recyclées. «Le talent emprunte, le génie vole», c’est une de mes citations favorites ; je l’ai inventée tout seul, tu sais. Je pense que Gorillaz est un conservatoire de toutes les grandes idées musicales du monde… Par un bout – nos oreilles –, on absorbe des choses dans la soupe primordiale de toutes les cultures humaines, on les filtre à travers nos propres personnalités – cerveaux, points de vue, talents – et par l’autre bout, on les recrache sous la forme de morceaux éclatants de Gorillaz ! Une gorgée de passé, une gorgée de présent et une grosse bouchée de futur. Magnifique. »
Alors non messieurs, l’album n’est pas construit de manière progressive. Au contraire il mélange les genres sans aucune cohérence. Le début provoque un gros étonnement chez l’auditeur quand, suite à une introduction sous air de musique classique, Snoop Dogg arrive avec un titre bien hip-hop, « Welcome to the World of the Plastic Beach« . Puis quoi de plus normal avant d’enchaîner un 2ème morceaux rap (de Bashy et Kano), que de mettre une petite transition indienne ? Aussi sympathique soit-elle, la suite de « White Flag » n’a pas de grand intérêt, un peu trop agressif. Nous reconnaissons enfin Gorillaz dans « Rhinestone Eyes » avec la voix d’Albarn et ce son funk synthétique reconnaissable entre mille. Mais c’est « Stylo », le tub phare de l’album, très axé année 80, qui est plutôt efficace avec le chant du très bon crooner Bobby Womack. (ce morceaux fait malheureusement l’objet d’un plagiat) Puis parfois, il est vrai que le trip électro synthétique est beaucoup moins digeste, trop strident, à l’image de Glitter Freeze. Mais les balades avec Little Dragon (« Empire Ants » et « To binge« ) font retomber le tempo et permettent à l’album d’avoir un réel équilibre, mettant de côté le temps de deux morceaux cette ligne de synthé omniprésente et véritable marque de fabrique de Plastic Beach. Autre ovni de l’album : « Some Kind of Nature » nous offre étonnant et plutôt réussi mélange entre Lou Reed et Damon Albarn. Les deux pop songs chantées par Albarn seul sont selon moi sans grand intérêt…Pas mal mais un peu trop gentilles à mon goût : On Melancholy Hill et Broken. Heureusement qu’elles sont suivies de mon titre fétiche « Sweepstakes », morceau tout en accélération, très festif, dansant, qui donne la pêche…On sent bien le plaisir était mutuel entre Gorillaz et Mos Def. Ecoutez Sweepstakes
La fin de l’album est conçue pour être à l’apogée de son concept : on se retrouve peu à peu totalement immergé dans le fluide artistique de Gorillaz, dans ses méandres envolées, à travers ses rythmes pop calmes et posés, à l’image de Plastic Beach, qui signe les retrouvailles des Clash survivants Mick Jones et Paul Simonon, un peu décevantes, et Pirate Jet, bonne mais courte. Titre assez inattendu vers la fin d’un album de ce gabarit, Cloud of Unknowing, chantée par Bobby Womack ajoute une note soul assez sombre et inopportune.
 Ainsi le retour aux sources electro funk du hip-hop fait la marque de fabrique de l’album. Les arrangements musicaux et vocaux sont dans l’ensemble très bien réussis tout au long du trajet, parsemés de rythmes qui frôlent les années 80, d’interludes qui ressemblent à des pauses publicitaires, voire même des films d’horreur, car
« […] tu peux piquer des tas de bouts de B.O. bien flippantes et les coller direct dans ton morceau pop, ça le rend plus riche, plus sombre et bizarrement visqueux. Je crois qu’on appelle ça la dramaturgie. »Â
Ce troisième album vogue à la croisée du jeu vidéo, du film d’horreur, de la BD d’aventures et du manifeste écolo : dorénavant, la pop sera recyclée, ou ne sera pas. Et il me semble clair que ce projet ne peut pas être le dernier !
Â
PS : Dernier pilier réservés aux plus fans : Clip annonceur, goodies et jeu vidéo.
Souvent généreux en propositions annexes, Gorillaz nous propose un premier vidéoclip avec la chanson Stylooir ces aventuriers sans âge aux prises avec Bruce Willis – le vrai – est un grand plaisir qui valorise d’autant plus la chanson. A voir ici :Â
 Cliquez ici pour voir le Clip Stylo
Puis un code d’accès disponible dans une édition spéciale de Plastic Beachvous permet d’accéder sur le site à des images, des titres inédits, un concert et surtout un jeu vidéo : Escape to Plastic Beach est un mini jeu vidéo, fabriqué autour de l’univers de l’album.
Très bel article pour un album riche en couleurs et en style. Je l’écoute en boucle depuis quelques jours. Les duos divers et variés font aussi de ce dernier opus mon coup de coeur 2010 !