Pulp – Common People [1995] & Manic Street Preachers – A Design For Life [1996]

20 mai 2009
By Yeayms

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Back in 1995-1996 les amis. Je ne sais pas vous, mais à l’époque le temps passait lentement. Alors j’écoutais beaucoup de disques et je gratouillais l’Unplugged in New York de Nirvana à la guitare.

Petits chanceux, vous allez avoir droit à deux titres pour le prix d’un, rendez-vous compte. Incroyable. Pour principalement trois raisons, eut égard à mon attitude ces derniers temps sur le blog masique: petit un (Attila), j’ai oublié les accents à cause de ce fuckin’ clavier anglais il y a deux semaines; petit deux (Jean-Paul), j’ai passé mon tour la semaine dernière à votre grand désarroi parce que j’étais barré quelque part vers Mars; petit trois (le Cheval), j’avais envie de vous parler un peu de brit-pop. Donc, voilà : récompense. Tout con, quand on y pense.

15 ans ont passés. Facile à entendre sur les deux titres proposés.

A tout seigneur tout honneur: Jarvis Cocker et Pulp. Allez, un bon gros hit: Common People sur le disque Different Class. Quand même, cette façon maniérée de chanter et ces arrangements brit-pop bric-broc pisse-propre sniffe-snob sont autant de bonnes raisons de trouver la chose complètement dépassée. Se moquer des bourgeois qui trouvent si cool de faire comme les braves gens alors qu’ils ne manquent de rien sonne bizarrement venant d’un grand dadais aux lunettes carrées et à la pose altière. Surtout quand la musique glam-pop enjouée nous entraîne dans un kitsch incroyable sur les exactes traces de l’opposé de ce que les paroles veulent sérieusement décrire. Si seulement sérieusement était un mot approprié pour ce morceau.

Ensuite, parlons un peu d’A design for life des Manic Street Preachers. C’est tout de même un peu prétentieux comme musique… mais alors quand notre ami le chanteur se met à brailler, je demande à l’assistance médusée : qui tient le coup ? Le son énorme ne sert pas vraiment son propos non plus. Je dis ça je dis rien. Je dis vraiment : « rien ». Comme Louis XVI le 14 juillet 1789. Rien de spécial, cette chanson, pourquoi tout le monde a fondu sur son arpège, ses violons et son chanteur gentiment éraillé ?

Je dois avoir mauvais goût. Doublement, les copains. Je dois avoir mauvais goût.

Oh oui ! Je dois avoir mauvais goût, mais j’assume tel un Guillaume Tel borgne qui bande son arc (toujours moins dangereux que William Burroughs, soit dit en passant). Et je défendrai ces deux morceaux envers et contre tout. Devant un parterre incrédule de terriens éculés à me lire dans la brume de la toile. Si seulement je suis lu. Enfin, peu importe, je sais à qui je parle.

Ce doit être mon côté madeleine de Proust mais j’ai eu vent (Proust !) de ces morceaux à un moment où Offspring ne suffisait plus à combler mon orphelinat post-nirvanesque. Je reviendrai plus tard sur Offspring, irrémédiablement associé à Doc et Difool dans le continuum d’espace-temps, mais je voulais dire là que je n’ai rien particulièrement contre ce groupe et sa musique, juste une objective conscience que leur pop-punk gueulard ne pouvait suffire à laisser un trou laissé béant. Je pourrais faire une blague très graveleuse avec pléthore de mots clé qui ramèneront au blog masique une audience massive de pervers électroniques, mais je ne le ferai pas. Un trou béant est un trou béant, arrêtez de vouloir à tout prix remplir l’espace, restez des rêveurs, bandes de moules.

Donc je dis en deux paragraphes ce que je dis ici en deux mots : la brit-pop ne m’a pas sauvé et je ne l’ai pas aimée du premier coup, je ne voyais pas ce qu’elle me faisait, je ne comprenais pas sa portée, son essence. Des années plus tard, je me rends compte bien malgré moi combien cette musique était incroyablement audacieuse, totalement prétentieuse et potentiellement dénuée d’intérêt. Donc hautement recommandable. Nirvana était le dernier échelon de la légende du rock. Après, on allait pouvoir s’amuser un peu. Ce qui suivait a donc gardé un côté pas très sérieux (on est glam et on s’en fout de toute façon on nous écoute dans les pubs) et très fortement référencé (ouais on ressemble aux Beatles, David Bowie, Queen, the Smiths, et alors c’est quoi ton problème) qui faisait du bien. Cette musique, même si je ne le voyais pas comme ça à l’époque, m’a fait du bien.

Et puis, ces morceaux sont tout à fait increvables. Le Common People de Pulp est une chanson mirobolante : cette montée progressive est imparable, l’air est entêtant, tout est extrêmement bien joué et surtout, l’interprétation de Jarvis Cocker ressemble à une histoire racontée de fond en comble, avec dans une même chanson toutes les nuances possibles et imaginables, de l’ironie à la tendresse, du chuchotement au cri.

Fermez les yeux. Imaginez le grand Jarvis, droit dans ses bottes, au milieu d’un supermarché, la clope entre le pouce et l’auriculaire, accompagnant sa copine bourge toute excitée de se retrouver hors de la matrice des gens riches, en train de dire I can’t see anyone smiling here… Mais parbleu ! C’est irrésistible. Et le texte n’est pas si téléphoné que cela : il est même bien écrit et plutôt drôle. Il colle parfaitement à la musique, un peu cocasse mais parfaitement exécutée. Il y a dans cette chanson une splendeur pop et une élan rock assez extraordinaires. Fermez les yeux encore. Vous y êtes. Tout le monde est saoûl, vous êtes au pub, des anglaises dansent sur une piste minuscule et Common People crache dans les enceintes. If you call your daddy he can stop it all… J’ai failli oublier de vous dire d’ailleurs que l’intégralité du disque Different Class est tout à fait excellente.

Et les Manic Street Preachers : niveau grande gueule, difficile de faire mieux (même Oasis fait moins bien, bande de petits malins). Je ne parle pas ici de la première partie de la discographie que je ne maîtrise que très mal (l’album Generation Terrorists, période torturée, je ne dis pas ça pour faire genre, leur chanteur à l’époque était vraiment très perturbé, qu’il repose désormais en paix). Non, non, je parle de leur disque brit-pop le plus éclatant sans être totalement insupportable, j’ai nommé Everything must go. La perle du disque s’intitule A Design For Life, nous en parlions quelques paragraphes plus haut. Le chanteur n’y est pas extraordinaire vocalement parlant, mais il est très très habité – la conviction dans les paroles se retrouve dans l’interprétation. Et cet arpège au début du morceau est absolument irrésistible. La mélodie est reine, l’air est beau et entraîné, le groupe est totalement à l’unisson, tout cela donne envie de jouer dans un stade comme dans un pub.

Je sais, je fais une fixette sur les pubs. Mais bordel, dans les pubs anglais, la musique est extraordinaire (quand c’est pas du ahrènebi). En France, je ne sais pas vraiment. La seule musique de bar extraordinaire, c’est Radio Nostalgie dans les toilettes de Mr Quan, le roi des Bô Bun à 5 euros et le seul qui prend encore John John pour un étudiant pour le plus grand plaisir de celui-ci.

Bref, aparté, fixette, ironie mises à part, A Design For Life est le genre de chanson touchante que je pourrais écouter 3000 fois à la suite bien que les ficelles soient grosses. Elles sont aussi grosses chez Pulp, quoique la démarche soit moins pataude. Mais dans les deux cas, j’avais 15-16 ans et cette musique était ce qu’il me fallait pour rêver et vibrer. Comme je n’écoutais pas que ça, je n’avais aucun complexe. Je n’en ai toujours pas. Ces deux morceaux sont géniaux.

Oasis et Blur sur un bateau ! Que je sois transformé en troisième sein d’anglaise si je ne suis pas honnête à mes amours de jeunesse, surtout si le temps a éclairci cette zone brumeuse de ma vie. Prenez donc le Neuro-Star, prenez vous donc pour un common people, prenez donc un design for your vies, prenez donc une bonne pinte et oubliez au passage que les probables meilleures années de nos vies ont coulé sous les ponts. Nous voilà maintenant obligés de crouler sous les cons. Brit-pop still rules.

Pulp – Common People [1995]

Manic Street Preachers – A Design For Life [1996]

Aymeric – Un article de la rubrique Je dois avoir mauvais goût sur le blog masique deux mercredis par mois.

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One Response to Pulp – Common People [1995] & Manic Street Preachers – A Design For Life [1996]

  1. [...] avoir parlé de musique anglaise, parlons de musique américaine (le prochain article, si tant est que l’on peut parler [...]

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