Queen – Radio Ga Ga [1984]

29 avril 2009
By Yeayms

queen_the_worksBack in 1984 les amis. Je ne sais pas vous, mais j’étais en train de résoudre un système linéaire à douze inconnues par une décomposition LU. Une belle performance pour un jeune scientifique âgé de seulement quatre ans. Il y a performance plus incroyable pourtant. Vous trouver pire que We are the Champions.

Je parle là d’une période de la discographie de la Reine que même les fans purs et durs n’assument que du bout des lèvres. La musique de Queen était alors fréquemment ponctuée de claviers dégoulinants et de mélodies mièvres. Amis lecteurs de bon goût, écoutez donc Hammer To Fall et comprenez alors ce que signifie « castrer un morceau potable par une production à chier ». Si vous me permettez l’expression.

Tant qu’il est question de substance odorante, attaquons sans plus tarder la bête : Radio Ga Ga, écrit par Roger Taylor le batteur. A vous qui me lisez, fébrile, prêt à réagir au quart de tour, ne vous méprenez pas. En suggérant un lien avec la matière fait cale, je ne parle pas là de la qualité intrinsèque de ce morceau de Queen sorti sur l’album Works. Je parle ici de l’origine des paroles. Il s’agit bien d’une déformation (merci Wikipedia du tuyau) du mot français, italien, roumain, espagnol, portuguais, grec, hébreu, letton, turc, russe désignant une chose qui heureusement pour la propreté du genre animal et humain ne reste pas dans les annales.

Halte à cette scatologie latente qui ne rend pas hommage à un morceau dont le seul mérite inaliénable est d’avoir défendu tant bien que mal les émissions de radio. Lesquelles, malgré l’offensive de la télévision et de l’internet, se portent actuellement pas si mal. Je pense que l’on peut donc imputer rationnellement ce maintien au succès commercial énorme dudit morceau de Queen. Il faut donc dire merci à la Reine. Tout le monde dit « Merci à la Reine ». Sauf John John qui a un casque sur les oreilles crachant du death metal anticapitaliste ultra bourrin.

Radio, someone still love you… La déchéance d’un groupe qui, bête de scène, de stade et d’opéra rock, s’est mué en fournisseur officiel de gesticulations ridicules. Les plus vilains diront que c’était le cas depuis le début du groupe, mais ils ne le pensent pas sérieusement. Tout comme les aficionados se retiennent de défendre la chanson quand elle est traînée dans la boue de l’opportunisme commercial le plus vil de la part d’un groupe en panne d’inspiration totale, qui cache sous les synthés la splendeur passée.

Il y a en effet de quoi laisser pantois un fan des années 80, pensez-vous donc, dès l’introduction du morceau on attaque par des synthés déjà démodés en l’an 30 avant Saturday Night Fever. Et ces voix vocodées dignes d’un androïde atterrissant dans un karaoké de province après s’être un peu trop noyé dans la mirabelle…

Je dois avoir mauvais goût.

Oui, les amis, je dois avoir mauvais goût mais pas tant que ça car la version studio m’insupporte totalement. Il faut pourtant réhabiliter Radio Ga Ga à la lumière du Live at Wembley de 1986. Je remplace le cheesy par le pompeux, me direz-vous. Dites, dites, mmmm, c’est bon de se faire contredire. La prochaine fois, laissez un commentaire et ce sera parfait.

A mon avis, ce que la version live met en évidence, c’est que Queen est un groupe généreux. Notez bien, je parle de Queen, pas de l’espèce de consortium financier qui a survécu à Freddy Mercury en refourguant le même best-of quatre fois de suite avec un packaging différent et un prix exponentiel. Non, non, je fais référence au merveilleux Queen. Un groupe qui n’a pas peur de prendre des coups en s’approchant au plus près du mauvais goût tout en gardant toujours une superbe tout à fait royale et une classe very british.

Sur la version live édulcorée de quelques synthés complètement vains dans la version studio, le public tape des mains, les choeurs sont limités et Freddy s’en donne à coeur joie, pleins poumons, pleine voix, à porter une chanson incroyablement difficile à porter (pour les raisons susnommées). Quelle interprétation ! Les amis, c’est d’une intensité rare et la musique ne se prive pas de nous le rappeler. Le mix du live est un peu molasson mais peu importe : distinctement, la section rythmique pose le décor (le jeu de basse est notamment plus subtil qu’il en a l’air à la première écoute), Brian May pose des ornementations guitaristiques reconnaissables entre mille et ultra-efficaces, et Freddy n’a plus qu’à venir poser un bon gros rap des familles… euh pardon je m’égare… qu’à venir poser un chant parfait, juste, naturel et puissant.

Le morceau garde ses défauts (notamment, je trouve, le refrain) mais cette bien belle version met en exergue exactement ce qui fait de Queen un groupe pas comme les autres, adulé outre-Manche, manchot outre-Adule. Comprenne qui pourra, mais cher lecteur je veux être clair avec toi : il y a chez Queen ce petit grain de magie qui fait que n’importe quel autre groupe aurait l’air absolument ridicule avec un tel morceau. Queen est le premier groupe transgenre : aimez une musique à la fois rock’n'roll et opérette / aimez une musique taillée pour les stades et la mélancolie solitaire / aimez une musique commerciale et honnête / aimez une musique perverse et innocente. Bref, aimez vous les uns les autres ou bien disparaissez, pour paraphraser Juliette Gréco.

Culotte renforcée de travesti brésilien ! Arrêtez donc d’écouter Queen en cachette, j’ai peut-être mauvais goût mais arrêtons les chichis et chantons sous la pluie du temps révolu où nous collions nos oreilles sur le poste de radio.

Queen – Radio Ga Ga [1984]

Un article de la rubrique Je dois avoir mauvais goût sur le blog masique deux mercredis par mois.

Tags: , , , , , , , ,

3 Responses to Queen – Radio Ga Ga [1984]

  1. Erick on 29 avril 2009 at 2 h 22 min

    C’est toujours un plaisir de te lire, Homme de mauvais goût. Et puisqu’on parle de radio dans cet article, il y a ce film qui sort mercredi prochain : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=134316.html

  2. Seb on 29 avril 2009 at 7 h 55 min

    Merci mon bon aymeric d’aborder le virage commercial au debut des 80′s de mon groupe favori…
    Tu fais bien d’insister sur la version concert de Radio gaga car une chanson de Queen me semble indissociable de sa version scenique
    C’est la ou on ressent la présence du groupe, sa generosité, ses messages et sa communinon avec le public
    Du coup, les chansons en ressortent moins aseptisées
    Une seule exception à mon gout : Friends will be friends dont la version à Wembley est à chier

  3. Aymeric on 29 avril 2009 at 9 h 22 min

    Ah ! Je suis entierement d’accord avec toi pour Friends will be friends !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*