Rufus Wainwright – Going to a town [2007]

12 janvier 2012
By Yeayms

[Je dois avoir mauvais goût, épisode 25]

Au moins une trentaine d’articles aura traversé mon cerveau malade d’envie, avant que ne viennent s’échouer des velléités d’ôter tout doute d’avance à ceux qui dare-dare voulaient la mort de cette rubrique. A savoir, au moins, l’autre moi, celui d’outre-motivation, celui qui dit mais ne fait pas, celui qui pense que prêcher dans le désert n’assoiffe que l’étang et n’étanche pas la soif. Au grand dam de mes échecs, parce qu’il n’y a plus de raison autre que la coupe pleine des incompréhensions mutuelles du monde, parce que le blog masique a connu une near-death experience qui est passée inaperçue, parce que la règle veut que le morceau trop écouté ne soit qu’un prétexte à l’épanchement de l’inspiration, le crépitement du clavier sous l’avalanche de touches enfoncées telles des accords majeurs empli d’une vulgarité banale, parce que l’énervement m’a guetté à l’ombre des journaux en ligne qui se prennent tant et si bien au sérieux que l’on résiste à la tentation de lire au nid une prose maladive, poseuse, évaporée mais sans avoir au préalable incarné la matière.

Il y a un comptoir de bar. Une musique un peu dans le fond ; des gens, l’attraction. C’est au comptoir que tout se passe, il faut être assis en salle pour admirer le spectacle, se laisser aller à jouer des coudes avec le destin pour pouvoir enfin se laisser aller, l’errance nous a jeté là, sur une digue de nuit pas très glorieuse, où les coiffures ébouriffées sont pire que la gomina, où les paroles de mouvement, où les mots de complicité se font moches et noirs à n’être que le véhicule des apparences. Il s’en passe des choses dans un bar. Il s’en passe des choses dans ma tête. Ce n’est qu’une cathédrale qui rejoue ses propres obsessions dans un orgue désaccordé, jusqu’à la cacophonie. Ce n’est du moins que la réponse la plus honnête que je serai capable de faire à la question de savoir, mais enfin, quand les yeux roulent dans le vague, sous la houle franche des volutes imaginaires de fumée, mais alors, dis-moi, à quoi tu penses.

Quand le mouvement propice à la vitesse contemplative aura repris le pas sur l’entrée au panthéon des statiques de comptoirs, on pourra à nouveau rêver. Regarder les lumières qui défilent, pour vendre des produits à des clients imaginaires pendant que les portes sont fermées, regarder les lumières qui dansent, si bien que ce sont en fait les humains qui les imitent, regarder les lumières pour se vider de toute pensée. Au milieu de ces rêveries du promeneur très entouré, entre les regards graves de celles et ceux qui vont quelque part, entre les lumières qui ne s’arrêtent pas de briller, à s’en donner le tournis, à nous faire voir double dans un stéréo-type du meilleur effet, dans cette vague hostile de stimuli, je n’ai absolument rien d’autre que ma propre cathédrale sentimentale qui résonne du poids des années, des splendeurs passées, du futur qui n’a peur que de son propre reflet.

Et quand, au petit matin, on se couchera, il ne restera plus qu’un écho un peu lointain de cette chanson. Je dois avoir mauvais goût, mais je ne sais pas, je crois que c’est surtout le regard dans le vide qui défie la raison.

Aymeric

Rufus Wainwright – Going to a town [2007] – Release the Stars

~~ Les épisodes précédents qu’il faut absolument lire ~~

24. Eddy Mitchell – Couleur Menthe à l’Eau [1980]
23. Selena Gomez – Love You Like A Love Song [2011]
22. Un monde parfait – Les Innocents [1995]
21. Sonic Youth – ‘Cross the Breeze [1988]
20. Christophe – Les Mots Bleus [1974]
19. Slash feat. Chris Cornell – Promises [2010]
18. Oasis – My Big Mouth [1997]
17. Modjo – Lady (Hear me Tonight) [2000]
16. Britney Spears – Oops!…I Did It Again [2000]
15. Metallica – Master of Puppets [1986]
14. Guns n’ Roses – November Rain [1991]
13. Jay-Z + Alicia Keys – Empire State of Mind [2009]
12. Eiffel – Ma blonde [2009]
11. Smashing Pumpkins – Let Me Give the (web) to You [2000-2009]
10. Maxwell – Fistful of Tears [2009]
9. Emperor – I am the Black Wizard [1994]
8. The Gamits – How to Escape [2004]
7. Pulp – Common People [1995] & Manic Street Preachers – A Design For Life [1996]
6. Queen – Radio Ga Ga [1984]
5. Serge Gainsbourg – Variations sur Marilou [1976]
4. Muse – Thoughts of a Dying Atheist [2003]
3. Bruce Springsteen – Jungleland [1975]
2. M83 – We own the sky [2008]
1. TTC – Pollutions [2002]

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One Response to Rufus Wainwright – Going to a town [2007]

  1. [...] Rufus Wainwright : Je suis venu te dire que je m’en vais (Serge Gainsbourg cover) [...]

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