Serge Gainsbourg – Variations sur Marilou [1976]

15 avril 2009
By Yeayms

L'homme à la tête de chouBack in 1976 les amis. Je ne sais pas vous mais les pièces du puzzle surprenant et hasardeux de ma vie sans importance commençaient à s’assembler. Rien à voir avec Serge Gainsbourg, que je ne connus que bien plus tard, poivrot sevré suçotant un bout de réglisse dans le fastueux Nulle Part Ailleurs de la 1ère génération Canal, celle de coke à volonté.

J’ai un peu changé d’avis sur lui quand j’ai découvert (bravo l’originalité) que les oeuvres ne se confondent pas nécessairement avec le personnage qui leur donne naissance. Ami lecteur fidèle, je suis un grand naïf doublé d’un insondable idéaliste. Et d’un bavard incorrigible qui émaille ses articles de digressions sans intérêt.

Revenons plutôt à Gainsbourg et l’année 1976. Rien à voir tout court en fait, tant l’année 1976 ne fut pas celle de Gainsbarre qui se ratatina lamentablement avec son album concept L’Homme à la Tête de Chou. Il faut dire qu’il est sacrément étrange ce disque ; si concept il y a, conception il y eut, con il s’y trouve le Gainsbourg.

Aimablement disparate, le disque n’entraîne que les Melody Nelsoniens, une confrérie décalée, fans éperdus de la machine à remonter le temps, qui n’ont toujours pas compris que Gainsbourg n’est pas l’homme d’un seul album. Le disque n’a de concept que le long poème que le locataire de la rue de Verneuil nous propose ici. Musicalement, voilà un patchwork musical, délire d’arrangeur talentueux (Philippe Lerichomme) sans cohérence véritable.

Mais peu importent de telles accusations : ce disque n’est pas un chef d’oeuvre d’unité, à la place il nous raconte une histoire (« boires et déboires » aurait-il fait un excellent titre ?) ce qui n’est déjà pas donné à tous les talents. La musique peut bien divaguer après tout : elle n’est que support aux murmures faits d’éthyl de notre ami éméché. Il paraît que Serge n’a enregistré aucune piste avec moins de 2 grammes dans le sang de drogues (il)licites. Wikipédia me demande de préciser mes sources. Je n’en ai pas. Aïe. Vilaines médisances.

Foutaises ! Le problème n’est pas là. L’ambition de Gainsbourg a percolé dans de superbes textes mais la musique a bien mal vieilli. C’est tellement seventies. Le ronflant, pompeux, clââssieux, ultra-produit de l’ensemble a donné au projet une patine kitsch des chefs d’oeuvre du siècle dernier (le XXe siècle, celui où je suis né et où je n’ai pas péri, mais en même temps c’était tout de même moins dur qu’au temps de Lazare Ponticelli). En clair, on peut admirer ce disque, mais peut-on encore l’écouter ?

Je dois avoir mauvais goût.

Oui, faites moi le procès du mauvais goût, mais évidemment qu’on peut encore écouter les oeuvres démodées et bordéliques du génie Gainsbourg. Malgré ses efforts vains pour proposer un album-concept, disais-je précédemment [car vous l'aurez compris, l'antithèse n'invalide pas la thèse, je ne vous ferai pas le coup du poivrot qui explique sa blague à longueur de soirées], Gainsbourg accouche d’un album-histoire, où le kaleidoscope musical porte aux nues son élocution sussurant un peu de cul et de poésie à qui veut bien l’entendre.

Pouf, plantée au milieu de ce disque, il y a donc Variations pour Marilou. Kitsch ! Kitsch ! Kitsch ! A vos souhaits. Maintenant, discutons.

Cette chanson est génialement arrangée et produite – mentionnons juste une faiblesse du mix qui, à vouloir mettre en avant la voix, aplatit les instruments en un fond sonore qui aurait mérité meilleur traitement. Mais quelle voix ! Divagations, tourbillons, redite à l’infini de la même scène sans jamais utiliser tout à fait ni les mêmes mots ni les mêmes tournures. Gainsbarre allitère, s’alite au chevet d’une terre qu’il est prêt à quitter. Gainsbourg s’adoucit ici à la vision des doigts gourds d’une Marilou sous self-contrôle folle de Lou Reed. Vision idyllique qui précède la tragique fin de l’histoire du disque.

Ha ! Cette façon d’annoncer la chanson par ce piano doublé de synthétiseurs et de guitares marécageuses :

Dans son regard absent et son iris absinthe…

c’est tout bonnement divin. Un écrin pour les mots d’un Gainsbourg qui n’est jamais aussi bon que lorsqu’il raconte une poétérotique/pornoétique de l’être désiré. Laissez les pisse-froids s’étrangler : de tout temps, les artistes ont-ils été guidés par autre chose ?

Le calice du vertige d’Alice de Lewis Carroll…

Explicit Lyrics, mais ne nous concentrons pas sur ce qui est dit. La chanson fonctionne effectivement (dixit L’Homme à la Tête de Chou) comme une volute de fumée sillonnant une atmosphère chargée de vie. Ne vieillit que ce qui a vécu. Cette chanson est une fenêtre sur une vie – fût-elle fantasme, idéal ou prolongement du réel, sur une montée de jouissance qui n’a existé que dans les années 70, sur une tranche de jeunesse destinée à s’évaporer. Au fil de la chanson, la vapeur d’une respiration lancinante se dépose sur les vitres d’une pièce qui n’existe déjà plus quand elle est décrite. Là réside la réussite totale d’une chanson qui survit à la fois par ceux qui l’aimèrent, ceux qui l’aiment désormais hors de tout contexte, et ceux qui ne peuvent plus l’écouter.

Gitanes maïs ! Que les ardeurs d’un mateur poète ne vous découragent pas de tenter l’aventure. Je dois avoir mauvais goût, mais écoutez quand même ce bon vieux Polaroïd laissé sur le Guinz Bar.

Variations sur Marilou – Serge Gainsbourg [L'Homme à la Tête de Chou, 1976]

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One Response to Serge Gainsbourg – Variations sur Marilou [1976]

  1. [...] Wainwright : Je suis venu te dire que je m’en vais (Serge Gainsbourg [...]

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