The Dark Knight Rises : Hans Zimmer en manque d’inspiration ?

15 novembre 2011
By Erick
SĂ»rement pas, le compositeur teuton expatriĂ© Ă  Hollywood s’appuie plutĂ´t sur les possibilitĂ©s offertes par le Web 2.0 pour ouvrir Ă  la co-composition le score du dernier opus très attendu de la trilogie Dark Knight rĂ©alisĂ©e par Christopher Nolan : Dark Knight Rises. Hans Zimmer lance donc son « bat-signal » en invitant quiconque le souhaite Ă  enregistrer un thème Ă  cette adresse en le « marmonnant, grognant, criant ou murmurant », seul ou Ă  plusieurs, le rĂ©sidu de votre incommensurable gĂ©nie devant logiquement ĂŞtre incorporĂ© dans le film, d’une manière ou d’une autre. Comme le souligne cependant le site de musique de film Underscores, reste Ă  savoir prĂ©cisĂ©ment « quelle sera la finalitĂ© de cette dĂ©marche » : intĂ©gration Ă  part entière dans la bande originale du film elle-mĂŞme, ou simple bruit de fond devant illustrer une scène de chaos urbain ?
S’il s’agit lĂ  Ă  ma connaissance d’une première, la dĂ©marche semble naturellement dĂ©couler de la perspective propre Ă  Hans Zimmer pour envisager la composition : celle-ci s’inscrit dans la filiation directe du « bĂ©bĂ© » de Zimmer, Remote Control (anciennement Media Ventures), vĂ©ritable usine Ă  compositeurs de musique de film partageant tous un style similaire Ă  de rares exceptions près, et dont le rĂ©sultat s’apparente le plus souvent Ă  une dĂ©chĂ©ance de la composition pour l’image, Ă  de rares exceptions près encore une fois, comme nous aurons l’occasion de le voir par la suite.
Il apparaît évident qu’une telle industrialisation de la musique de film revêt quelque chose de nuisible, éloignant ce type de composition d’une authentique démarche artistique. Et pourtant, paradoxalement, j’ai envie de saluer la dernière initiative de Zimmer, ludique, moderne, novatrice. Et cohérente avec le parcours du compositeur qui n’a que faire des critiques à son égard (le type de critique que je résume ci-dessus), semblant plutôt préférer trouver son chemin sur la voie de l’innovation. On citera à ce titre ses compositions pour les films de Nolan qui, si elles s’écoutent peu volontiers sans les images, viennent les illustrer avec une efficacité qui participe de l’ambiance du film comme jamais (que demander de mieux à une musique de film ?).
C’est plus précisément sur les deux derniers Nolan que Zimmer s’amuse à innover :
Ceux qui ont vu Inception se souviennent surement du rĂ´le jouĂ© par Je ne regrette rien d’Edith Piaf pour tirer les protagonistes du sommeil…. Le thème principal du film n’est autre qu’une variation au ralenti sur le refrain de cette chanson.
Pour le reste, on se reportera Ă  la chronique de Celia ici-bas.
Dans The Dark Knight ensuite, l’innovation (si on veut) rĂ©side avant tout dans les sonoritĂ©s dĂ©rangeantes choisies pour le thème du Joker. Ca ne s’écoute pas facilement hors contexte, mais c’est indispensable Ă  la montĂ©e en puissance de l’ambiance de la scène d’intro, et utile Ă  l’apprĂ©hension du personnage.
Nous Ă©voquions plus haut les exceptions qui parviennent Ă  s’extirper de la bouillie hollyoodo-synthĂ©tico-orchestrale des annĂ©es 2000. Passons en revue celles de Hans Zimmer.
Le chef-d’œuvre absolu de Hans Zimmer est sans conteste sa composition pour The Thin Red Line/La Ligne Rouge de Terrence Malick. Aussi incroyable que cela puisse paraĂ®tre, il s’agirait bel et bien, selon des sources bien renseignĂ©es, d’une composition originale de Zimmer et non d’une entourloupe industrielle hĂ©ritĂ©e de la sus-mentionnĂ©e tendance, mĂŞme si on compte au gĂ©nĂ©rique quelques compositeurs additionnels (pour des morceaux moins mĂ©ritants). Qu’importe, le rĂ©sultat est lĂ , et Malick a une nouvelle fois prouvĂ© sa capacitĂ© Ă  faire accoucher un compositeur du meilleur de lui-mĂŞme, comme il l’avait fait avec Ennio Morricone sur Days of Heaven/Les Moissons du Ciel rĂ©cemment paru dans une Ă©dition digne de ce nom grâce Ă  FilmScoreMonthly, label chĂ©ri des bĂ©ophiles, qui tire bientĂ´t sa rĂ©vĂ©rence après des annĂ©es de bons et loyaux services (on lui doit la rĂ©surrection dans de luxueux packagings des BO les plus importantes des âges d’Or et d’Argent hollywoodiens). On retiendra notamment l’inversion harmoniquement douloureuse de l’Aquarium du Carnaval des animaux de Saint-Saens utilisĂ© pour le gĂ©nĂ©rique de dĂ©but du mĂŞme film (cliquez sur les titres pour vous en rendre compte). Comme il le fera ensuite avec la photocopieuse James Horner sur The New World, score automnal, forcĂ©ment impressionniste, permettant d’apprĂ©cier une riche palette de gris ; et avec Alexandre Desplat sur le chef-d’oeuvre Tree of Life, de loin la plus belle BO de cette annĂ©e (bien que dans ces deux cas il faille Ă©couter l’album pour s’en rendre compte, la musique composĂ©e pour le film ayant souvent Ă©tĂ© remplacĂ©e par des musiques classiques prĂ©-existantes).
Pour en revenir à La Ligne rouge de Hans Zimmer, il s’agit indéniablement d’une musique de film avec, donc, son côté descriptif, mais dont on ressent sans peine qu’elle se hisse bien au-dessus du lot, l’intensité de l’émotion et le sentiment d’introspection procurés à l’écoute du score confinant au recueillement et rapprochant le spectateur des épreuves psychologiques vécues par les protagonistes (à quand une édition complète, car il manque beaucoup de choses).











Hors Malick, on retiendra ensuite :
Le déprimant mais très beau The Pledge (co-composé avec Klaus Badelt de l’écurie Remote Control) :

Le mieux est encore de se rendre sur ce blog qui propose un condensĂ© du meilleur en 15 min (voir dans les commentaires)…
Thelma + Louise, aux vagues relents Pink-Floydiens (dont nous devons récemment la première édition officielle au label Kritzerland) :


La BO de La Chute du Faucon Noir/Black Hawk Down s’avĂ©rait elle-aussi très efficace pour illustrer l’action (cf. l’insupportable « Synchrotone », tentative louable de faire ressentir l’enfer vĂ©cu par les militaires dans ce film de propagande contestable quoiqu’à mon avis sous-estimĂ©).

A l’inverse, les moments d’accalmie sont eux caractĂ©risĂ©s par des mĂ©lodies qui font la part belle Ă  l’Ă©motion.


Et pour rester dans la veine africaine de Zimmer (bien sur extrêmement occidentalisée), on évoquera éventuellement The Power of One, qui s’écoute sans déplaisir malgré ses quelques facilités :

Citons enfin l’arrangement très « Zimmer des annĂ©es 90″ (choeurs masculins Ă  pretention religieuse) de « Always look on the bright side of life » pour Pour le meilleur et pour le pire/As Good as it gets (chanson originellement composĂ©e par les Monthy Python pour La Vie de Brian) :

MalgrĂ© les reproches qu’on peut faire Ă  Zimmer et Ă  ses poulains de Remote Control, force est de reconnaĂ®tre deux choses : 1. Le meilleur de ce qu’ils peuvent composer est le plus souvent Ă  chercher en dehors des gros blockbusters made in USA (exception faite des films de Nolan, et de Ridley Scott Ă  la rigueur), et 2. Ceux-ci cultivent avec beaucoup de malice, comme le prouve le « bat-signal » servant de McGuffin inaugural Ă  cet article, l’art de vivre (la composition) avec leur temps…

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One Response to The Dark Knight Rises : Hans Zimmer en manque d’inspiration ?

  1. Top 20 ’11 (Part 2/2)_MASIQUE.COM | MASIQUE.COM on 10 janvier 2012 at 3 h 02 min

    [...] n’est pas tant son cĂ´tĂ© « Dark Knight by Hans Zimmer » qui rend ce score mĂ©morable, que les quelques morceaux Ă©lectro purement estampillĂ©s [...]

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