Back in 2004 les amis. Je ne sais pas vous, mais sûrement moi aussi. En somme, peu importe. Le plus important à savoir pour la suite de cette chronique qui s’annonce passionnante (si tu ne possèdes pas la dague immunisant contre l’ennui profond, rendez-vous à l’avant-dernier paragraphe), c’est qu’en 2004 je n’étais pas undergrad dans le Colorado. Je ne ressemblais à ces étudiants de fac stéréotypés que l’on voit dans les films américains. Je ne suis pas sûr que les vrais étudiants de fac américains ressemblent à ça non plus. Enfin bref.
Je dis bref car la phrase qui précède n’avait pour but que de parler des films américains qui se passent à l’université. Avec des jeunes hommes à la tronche carrée, aux épaules en T, des jeunes filles aux seins généreux gonflés des meilleurs produits de l’agriculture américaine (blé et silicone), des jeunes obèses complexés et nihilistes. Cliché. Tchi-tchaaaa.
Après avoir parlé de musique anglaise, parlons de musique américaine (le prochain article, si tant est que l’on peut parler d’un article, sera consacré à un groupe français). Et chères amies, chers amis, chers amis imaginaires, parlons de musique américaine que les anglais ne seraient pas capable de faire. Et de musique américaine que les français n’apprécieraient pas (The National, The Decemberists, Okkervil River, ne vous inquiétez pas chers lecteurs, je suis complètement dans le lot). Bref, de la vraie, de la pure.
Et là, vous êtes sagace. Ou alors faites preuve de sagacité à la lecture du morceau cité, que je parie vous ne connaissez pas. Non ! Arrêtez, je ne veux pas me la jouer ton enjoué genre mes joues rosissent de plaisir à vous coller sur ce coup-là (répétez la phrase très vite dix fois pour tester votre élocution pendant que je teste votre patience avec des parenthèses longues comme un morceau de Lindström histoire de perdre les derniers qui m’ont lu jusque là, mais non restez le meilleur est à venir). Je veux juste me justifier car, lecteur sagace, tu sais que le but de la rubrique Je dois avoir mauvais goût est de faire référence à de la musique suffisamment célèbre pour que quelqu’un, un jour, ait dit
Bah ! Beurk ! Hum ! Parbleu ! Diantre ! C’est de mauvais goût !
Alors à quoi bon citer un groupe totalement inconnu du grand public, présentant des chances infimes d’avoir un jour été qualifié « de mauvais goût » ? Je ne vous le demande pas, ce que je vous demande c’est d’aller écouter How to escape des Gamits. De fermer les yeux (je vous le demande souvent dans cette rubrique, je vous l’accorde). De vous souvenir de mon petit paragraphe sur les films américains de fac. Eh oui. Tout y est. Vous y êtes. Le morceau est un générique d’un de ces films.
Oui, écoutez le morceau. En fait, ce n’est pas le générique. C’est le morceau de la scène finale. Notre ami l’armoire à glace sans cerveau capitaine de l’équipe de foot américain (rien contre le foot américain Matthieu tu le sais bien) veut sortir avec la fille aux seins en plastique qui dit « Oh! My God » tout le temps. Ils vont à un concert de rock au foyer des élèves qui est un repaire de filles superbes et de mecs beaux comme des dieux. Il y a bien sûr l’afro-américain blagueur qui se prend des rateaux mais parce qu’il est lourd, hein, pas parce que sa peau est sombre, c’est un film américain tout le monde est beau, est gentil, on est tous frères, c’est la fête des faux-semblants. Bon bref, au fond de ce bar des étudiants, il y a un groupe de power-punk-pop, The Gamits, qui joue la musique parfaite pour ce genre d’événements. Tout le monde danse parce que tout le monde n’a pas tout à fait 21 ans et n’est donc pas biologiquement et légalement armé pour encaisser des pintes de Bud Light à tire-larigot. Le batteur balance des rythmes débiles. Le bassiste sautille sur une rythmique formée d’environ 2 notes. Plus ou moins 2. Le guitariste a un jour trouvé un riff qui tue pouvant être joué à l’aide de 2 doigts. Plus ou moins 2. Le chanteur chante, mais attendez, on s’en contrefout de ce qu’il peut bien nous raconter, car l’armoire à glace est en train de devenir un alliage fait de silicone et c’est la soupe de langue avant une longue abstinence pré-mariage.
Je dois avoir mauvais goût.
Ha ! Oui ! Vous vous y attendiez, mais bien sûr que j’ai mauvais goût les enfants, comme nous tous sur cette Terre. Et sans coups férir, j’affirme haut et fort, or et faux, chaud et beau, beau et chaud, que How to Escape de The Gamits, un sympathique groupe de Denver, Colorado, au fond à droite des Rocheuses, est totalement génial et addictif.
Il y a quelque chose de diablement confortable de ne pas avoir à discuter de l’originalité d’un morceau et de ses arrangements. C’est entendu, dans les deux sens d’ailleurs. Maintenant, parlons magie, parlons sérieusement, parlons de ce qui transcende les genres, les habitudes musicales, les réflexes, les marottes, les oeillères, les accusations-bon-dieu-que-c’est-mauvais-goût-pourquoi-perdre-son-temps-quelle-musique-débile.
Disons clairement dans le micro de la radio « Et maintenant The Gamits, How to Escape« . Appuyons sur le bouton pour lancer le morceau. Hé oui, avouons-le, c’est imparable. Une bombe, purement et simplement. Une bombe qui n’est jamais passé sur toutes les radios du monde et qui l’aurait largement mérité. Une bombe que toi, au fond, qui aime bien la finesse, tu as le droit de ne pas aimer ou d’écouter en cachette, mais pas de soucis, le morceau dure 2:40, c’est quoi dans une vie, rien du tout et si ça se trouve ça va te faire du bien.
Le morceau a une qualité principale : une mélodie pop incroyablement accrocheuse est jouée à fond les ballons. C’est à la fois la même chose que ce qu’on entend dans les génériques de films américains et à la fois totalement autre chose. Il y a dans ce morceau une perfection pop qui ne souffre que du défaut de s’exposer nue, sans artifices.
Il y a quelque chose qu’il a parfois été oublié dans le rock, c’est la propension à donner du bonheur décomplexé pendant quelques minutes. C’est le cas ici. Le bon goût n’a plus rien à voir. Nous avons avec How to Escape une explosion spontanée et fraîche d’un groupe dans un garage avec le batteur qui fait « trois… quatre ! » et tout le monde à l’unisson qui balance la purée. Qui envoie le pâté. Qui ne faisande pas les pauvres pigeons que nous sommes. C’est excessif cette métaphore filée autour de la nourriture. Quoique pour les pigeons de Paris on puisse douter de cet attribut sauf en cas de grande famine.
Donc, je disais le batteur des Gamits donne le tempo et c’est parti. La batterie est généreuse et simple, la basse sautille complètement hors de ses gonds et la guitare balance un riff totalement à propos, de la dentelle explosive, si tant est que réunir ces deux antagonistes parvienne à avoir un sens. Le chanteur chante comme si son groupe devait affronter la fin du monde à la fin du morceau.
J’aime cette débauche d’énergie pure avec une mélodie qui arrache. Les groupes américains sont capables de cette incroyable alchimie qui donne envie d’appuyer sur le bouton « repeat » (que Toubon me pardonne pour cet emploi anglicisant, de toute façon, il ne lit pas ce blog, quoique les magnifiques articles d’Erick lui aient parfois donné envie de revoir OSS117, ce qui montre qu’il n’a pas compris de quoi il en retournait). Donc, « repeat ». « Repeat ». « Repeat ». Etc.
Assis sur votre canapé, vous avez à l’écoute de ce morceau envie de fonder votre groupe de rock, même si c’est juste pour chanter les backing vocals du morceau (car il y en a, vous auriez pu le deviner puisque je vous ai dit que la formule était éculée). Que les connaisseurs ne s’y trompent pas. Oui, toi, au fond de ton beau bar à la française, tu te dis qu’Urban & Sad, groupe totalement mythique, aurait pu reprendre ce morceau dans sa setlist. Je me fais plaisir sur le blog masique. De toute façon, à ce stade, j’ai perdu tout le monde alors je peux dire ce que je veux. Je peux lancer des kassdédi. John John me dit qu’il voudrait dédicacer son prochain article aux adeptes du bushfire. Voilà c’est fait John John.
A l’avant dernier paragraphe, je récupère en général ceux qui se sont perdus en route. Alors on va la jouer synthétique, concis, succinct, in a nutshell, pas comme cette phrase. Donc. Rayon de soleil, morceau frais que l’on oublie immédiatement, pas de profondeur. Certains Polaroid sont malgré tout des chefs d’oeuvre. Tchi-tchaaaaaa.
Bacon cheesburger chez Carl Jr ! Que je sois changé en riff power chord si, malgré le fait que j’ai incessamment mauvais goût, je ne vous invite pas encore à la fête des élèves de notre bonne vieille fac américaine. Pas de complexes, prenez un bol d’air frais et avant de partir au bras d’une belle américaine, pensez à aller décoller Mister Armoire et Mademoiselle Silicone qui se roulent des pelles au milieu de la piste depuis tout à l’heure.
The Gamits – How to Escape [2004]
Aymeric – Un article de la rubrique Je dois avoir mauvais goût sur le blog masique deux mercredis par mois.