Top 20 ’11 (Part 1/2)

5 janvier 2012
By Erick

1. PJ Harvey – Let England Shake

PJ Harvey n’a jamais déchaîné autant de rage et de passion que pour ce concept album sur la guerre. Les six premiers morceaux sont des tubes inoubliables. Une partie des fans n’a pas suivi Polly Jean dans cette voie, mais pour moi c’est tout le contraire : elle n’a jamais rien donné d’aussi viscéral, d’aussi beau !

 

 

2. Alexandre Desplat – Tree of Life

Comme à son habitude, Terrence Malick n’a finalement retenu dans son chef d’oeuvre que très peu de musique originale. Il a bien fait, tant la sélection de musiques classiques pré-existantes est judicieuse (comment oublier le « Lacrimosa » du Requiem de Zbigniew Preisner sur les images de la Création (à voir et à écouter absolument pour ceux qui seraient passés à côté cette année !), ou l’ »Agnus Dei » du Requiem de Berlioz sur celles du Paradis ?). Ce qui ne veut pas dire qu’Alexandre Desplat, frenchie de plus en plus présent à Hollywood et l’un des compositeurs de musique de film les plus doués de sa génération, démérite. Bien au contraire : son album qui s’apparente donc à un « inspired by » oscille entre atmosphères glaçantes, déprimantes, et célestes, et révèle de véritables moments de grâce. Une musique introspective qui s’adresse à l’âme.

 

3. Jean Sibelius – The Tempest/The Bard/Tapiola (par Okko Kamu et l’Orchestre Symphonique de Lahti)

Les mérites techniques de l’Orchestre Symphonique de Lahti ont déjà été loués sur ce blog. Avec depuis peu Okko Kamu à sa tête, l’orchestre confirme son raffinement et son sens du détail dans une interprétation sans faille, et sous forme de deux suites, de La Tempête (d’après Shakespeare), un chef d’oeuvre de la dernière période de Sibelius, la plus mémorable. Les amateurs de musique de film reconnaîtront sans doute l’influence du Finlandais sur la musique de Bernard Herrmann pour les films d’Hitchcock dans les passages les plus apaisés. Après un Barde satisfaisant, le programme se termine avec un Tapiola très réussi. Si pour ce dernier il ne faut pas attendre la fureur d’un Karajan chez Deutsche Grammophon, la direction révèle ici quelques détails de l’orchestration habituellement relégués au second plan. Diapason d’Or de l’année 2011 entièrement mérité !

(Ce sont d’autres versions qui sont proposées ci-dessous, faute de disponibilité de la version Kamu…)

4. Anna Calvi

Vue en concert dans le cadre du festival Inrocks cet automne, Anna Calvi est effectivement une (belle) bête de scène. Un album dans lequel chaque morceau ou presque peut prétendre au statut de tube, tant les mélodies sont inspirées, les arrangements soignés.

5. Anders Hillborg – King Tide/Exquisite Corpse/Dreaming River/Eleven Gates (par Esa-Pekka Salonen, Alan Gilbert et Sakari Oramo à la tête du Philharmonique de Stokholm)

Certes, le compositeur contemporain d’origine suédoise n’invente rien, ce qui lui a récemment valu une critique pas très élogieuse de ResMusica. Mais quel plaisir de découvrir ce ressassement de la musique dite « savante » du vingtième siècle : déferlements sacrificiels tout stravinskiens dans l’ensemble du corpus, minimalisme répétitif à la Steve Reich (King Tide), exotisme oriental (suonas – haubtois chinois) et latin (congas) dans Dreaming River, et l’exploration d’autant de mondes que de portes proposées par Eleven Gates, avec en prime une citation du célèbre motif de Rencontres du Troisième Type (Spielberg) composé par John Williams. John Williams dont on sera surpris de constater la proximité avec Hillborg à plusieurs reprises : passages percussifs de The Lost World très proches de ceux de Dreaming River, ressemblance frappante entre un thème de Minority Report et de ce même Dreaming River. On s’amusera aussi à reconnaître Richard Strauss, Sibelius, Ligeti, ou encore le Jean-Louis Florentz des Jardins d’Amenta

Eleven Gates | Anders Hillborg par Esa Pekka Salonen

6. David Lynch – Crazy Clown Time

Plongée trip-hop dans les profondeurs de l’univers lynchien. On pouvait s’attendre à quelque chose de complètement barré de la part de ce fascinant réalisateur, alors que l’album, plutôt facile d’accès, n’est pas sans rappeler les ambiances tantôt oniriques, tantôt claustrophobes de la BO de Twin Peaks signée Angelo Badalamenti.

7. Fleet Foxes – Helplessness Blues

Sans en nier les qualités évidentes, je n’étais pas fan du timbre, des arrangements, des envolées lyriques des Fleet Foxes. Jusqu’à cette année. Pour une raison incompréhensible, j’aime beaucoup cette cuvée 2011… Peut-être parce que je n’en attendais rien, et que ça me tombe d’un coup, comme ça ? En tout cas cette fois, la magie opère. Et « Blue Spotted Trail » n’est pas sans rappeler Simon & Garfunkel.

8. Yevgeny Sudbin plays Chopin

Un an après l’année Chopin (200e anniversaire de sa naissance en 2010), le pianiste russe propose un superbe récital de Nocturnes, Ballades, Mazurkas…, dans lequel rien n’est à jeter. Parfait pour s’initier à ce qu’il y a de plus beau chez Chopin sans se coltiner l’intégrale d’un répertoire, comme le mentionne justement Christophe Huss sur ClassicsToday France. A noter : il s’agit du troisième album classique sélectionné dans ce best of 2011, et tous trois ont été édités par le label suédois Bis. A mes yeux, le label classique de l’année.

> Récital à écouter dans son intégralité sur le site de Bis

9. Jonathan Wilson – Gentle Spirit

Jonathan Wilson, ses mélodies apaisées et sa voix aérienne, invitent à une résurrection quarantenaire : celle du rock-folk californien des années ’70, le tout évoquant immanquablement les ballades des Pink Floyd, à un niveau de qualité comparable. Un album qui regorge de beautés et de plaisirs immédiats (et durables), évitant judicieusement de se fourvoyer dans le spectaculaire pour mieux rester fidèle à son parti-pris planant. A écouter sans discontinuer pour mieux entrer en osmose, et à conseiller aux fans du groupe français Syd Matters. Difficile de ne choisir que deux extraits, tant l’ensemble est bon ! En un mot : idyllique… Peace.

10. Connan Mockasin – Forever Dolphin Love

Après Jonathan Wilson, c’est davantage vers le rock prog/psyché que lorgne cette résurrection-là. On pense parfois au Gainsbourg de Melody Nelson dans les moments les plus lancinants : 3e minute du titre éponyme, par exemple, à la voix instable et intriguante (clip très sympa, soit dit en passant ), tandis que « It’s choade my dear » semble émerger des cales du « Cargo Culte ».

***
En attendant mardi prochain pour les titres 11 à 20 de la sélection, à votre tour de nous faire part de vos albums préférés de 2011 !

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2 Responses to Top 20 ’11 (Part 1/2)

  1. Playlist Saint Valentin_MASIQUE.COM | MASIQUE.COM on 14 février 2012 at 23 h 42 min

    [...] Anna Calvi : Love won’t be leaving [...]

  2. [...] – Alexandre Desplat : Benjamin and Daisy (Benjamin Button [...]

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