[Je dois avoir mauvais goût, épisode 22] Lorsqu’on écrit dans un blog, il ne faut pas avoir peur d’accumuler des lignes et des lignes de texte sans aucune perspective pour finalement se rendre compte, à la fin, que personne ne les a lues. Alors, demande-je, pendant que la caméra fait un mouvement pour me laisser en légère contre-plongée avec une vision du ciel censée suggérer la vacuité du vide mélancolique et parabolique, alors pourquoi écrire ? Ces questions, beaucoup se les sont posées: de Baudelaire à Salinger en passant par Marc Levy ou Patrick Poivre d’Arvor (de toute évidence pas pour les mêmes raisons). Il n’y a pas vraiment de réponse. Quand les palpitations prennent naissance dans le cerveau malade de l’écrivain, il s’abroge le droit de coucher sur le papier ses fièvres pour en faire profiter le monde entier. Il y réussira parfois. Alors la question ne se posera plus. Mais le blogueur s’autorise beaucoup plus, il écrit immédiatement [après quelques mises à jour, la préparation d'un café et la lecture d'un site de news people] pour le monde entier et, sauf erreur 404, y réussira toujours aussi loin que le monde entier est connecté à la toile, ce qui avouons-le, n’est pas encore totalement vrai mais en bonne voie. C’est un peu spécial comme situation, puisque la question se pose toujours. Même un post talentueux ponctué de nombreux commentaires instruits puis de trolls dédaigneux finissant toujours par invoquer un dictateur diabolique est voué à être questionné à l’aune de sa propre utilité. Pourquoi écrire ? Pourquoi je vous dis tout ça ? Bonne question. En fait j’ai oublié.
A la base, je voulais surtout vous parler des Innocents. J’ai choisi Un monde parfait, mais après tout j’aurais pu en choisir d’autres. L’album Post-Partum est très bon, mais là n’est pas la question. Après quelques digressions utiles pour savourer le bonheur de perdre quelques minutes précieuses en me lisant [probablement la raison pour laquelle mes lecteurs sont si peu nombreux, mais faites de la pub quand même, ça peut marcher sur un malentendu] j’en viens au point principal de cet article: les Innocents c’est vachement bien. Il n’y a malheureusement plus trop de groupes pop à la française comme ça, qui faisait le grand écart entre la ménagère et la presse indie, soit que le talent est rare, ou que la ménagère est devenue fan d’auto-tune, ou que la presse indie est devenue définitivement aussi élitiste que ce qu’on pouvait craindre.
Le problème c’est que vu l’année où est sortie la galette (en plein milieu des 90s), il y a un risque compromettant de tomber dans la nostalgie de bas étage, parce qu’on était ado, bla bla bla, qu’on écoutait les Innos, bla bla bla, mais que ça nous empêchait pas d’écouter d’autres trucs super cools et underground où ça jouait très très vite, très très fort ou très très lyrique [rap compris, bande de moules, sur masique.com on n'est pas sectaires]. Oui mais bon voilà si vous n’êtes pas contents, allez relire le premier paragraphe, ça vous fera les pieds hein, c’était déjà assez pénible à lire une fois. Et dans une entreprise de revisite de ceux qui ont fait la chanson française quand on était ado, il faut avouer que la bande de JP Nataf [qui fait depuis une excellente carrière solo, bien qu'un peu plus difficile sur le plan matériel] produit avant tout de la très bonne musique, dont ce Monde parfait est une excellente illustration, et d’ailleurs je renvoie ceux qui sont pas d’accord et qui ne connaissent pas la rubrique à aller lire tout de suite la dernier paragraphe, dont le manque d’originalité n’a d’égal que la lancinante complainte qui fait le lit de cette rubrique maladive et addictive, cette phrase est longue finissons là, point, fin de paragraphe.
Ce qui est chouette avec les Innocents c’est qu’il y a ce côté excellemment artisanal mais tout à fait classe de produire des chansons pop qui ne vont pas plus loin que ça dans l’histoire de la musique, mais qui font mouche dans l’histoire des gens. Il y a un sentimentalisme breton qui marche très bien dans Un autre finistère, on croirait entendre la mer, c’est incroyable. Il y a du Beatles frenchies dans Un monde parfait, un air chic et entraînant, très bien chanté, des paroles moins basiques qu’elles en ont l’air, une certaine façon de raconter la vie à l’universelle en prenant soin de ne le faire qu’en parlant de ce qu’on connaît, comme ça, comme si de rien n’était. Une belle chanson quoi. Les chansons des Innocents ont joué leur rôle en façonnant un petit bout d’imaginaire dans la tête des gens – une entreprise dans laquelle JP Nataf continue d’exceller, voir par exemple Myosotis, en s’écartant de la musique des Innocents, en ne gardant que ce qui compte, à savoir le talent.
Alors voilà, j’espère que vous avez goûté l’évocation maritime, bandes de moules. D’ailleurs, j’aime pas les moules, mais j’aime bien les Innocents, ce qui n’a absolument aucun rapport. Pourquoi l’écrire ? Je dois avoir mauvais goût.
Un monde parfait – Les Innocents [1995] – Post Partum
~~ Les épisodes précédents qu’il faut absolument lire ~~
21. Sonic Youth – ‘Cross the Breeze [1988]
20. Christophe – Les Mots Bleus [1974]
19. Slash feat. Chris Cornell – Promises [2010]
18. Oasis – My Big Mouth [1997]
17. Modjo – Lady (Hear me Tonight) [2000]
16. Britney Spears – Oops!…I Did It Again [2000]
15. Metallica – Master of Puppets [1986]
14. Guns n’ Roses – November Rain [1991]
13. Jay-Z + Alicia Keys – Empire State of Mind [2009]
12. Eiffel – Ma blonde [2009]
11. Smashing Pumpkins – Let Me Give the (web) to You [2000-2009]
10. Maxwell – Fistful of Tears [2009]
9. Emperor – I am the Black Wizard [1994]
8. The Gamits – How to Escape [2004]
7. Pulp – Common People [1995] & Manic Street Preachers – A Design For Life [1996]
6. Queen – Radio Ga Ga [1984]
5. Serge Gainsbourg – Variations sur Marilou [1976]
4. Muse – Thoughts of a Dying Atheist [2003]
3. Bruce Springsteen – Jungleland [1975]
2. M83 – We own the sky [2008]
1. TTC – Pollutions [2002]